Séisme au Népal: Six mois après le séisme, le Népal est au point mort

  23 Octobre 2015    Lu: 278
Séisme au Népal: Six mois après le séisme, le Népal est au point mort
Deux étages en moins. La maison de Bhaktar Bahadhur s’est transformée en étable de plain-pied depuis l’effondrement des niveaux supérieurs lors du séisme d’avril dernier.

Des chèvres et du foin occupent l’ancien salon de la maison familiale, située à trois heures de route vers le nord-est de Katmandou (Népal), dans le district de Sindhupalchok.

La petite famille vit désormais à l’arrière du jardin, sous une tente de fortune. Six mois après le terrible tremblement de terre qui a fait près de 9.000 morts, des milliers de Népalais s’apprêtent à passer l’hiver rigoureux de l’Himalaya dans des hébergements d’urgence.

Le long des routes, les briques rouges s’entassent au pied des immeubles éventrés. Tout juste commence-t-on à déblayer les débris. « Nous n’avons pas pu commencer à travailler. D’abord à cause de la mousson. Puis en raison du manque de fuel », concède un cadre népalais d’une entreprise britannique chargée de reconstruire les écoles effondrées du pays.

L’Autorité nationale de reconstruction, promise après le vote de la constitution fin septembre, se fait attendre. Pareil pour les 4,4 milliards de dollars d’aides promis en juin dernier par la communauté internationale. Pas un centime n’a encore été reversé dans les programmes de reconstruction, dont le montant est estimé à 6,7 milliards par les autorités.

En attendant ces leviers financiers, le gouvernement de coalition a accordé 15.000 roupies (environ 129 euros) pour chaque maison détruite. « Cette somme profite surtout à ma belle-famille qui nous accueille chez eux puisque nous n’avons plus de toit », regrette Laxmi, une victime du séisme. Les veufs ou veuves ont, eux, reçu en plus 40.000 roupies (environ 340 euros). « De quoi acheter du riz, des habits et reconstruire un abri temporaire… Mais pas de quoi reconstruire nos maisons », souligne un paysan blessé à l’épaule pendant le séisme.

La crise du fuel complique durement le processus de reconstruction. Il faut parfois plusieurs journées entières de file d’attente devant les pompes de Katmandou pour se ravitailler en essence. En cause, le blocage des camions-citernes à la frontière indienne par les populations éthiques du sud du pays qui réclament plus de droits et de représentativité dans les administrations publiques à Katmandou.

Un boycott dont les impacts économiques pourraient être plus élevés encore que les conséquences du séisme, alertent certains professionnels du tourisme.

La situation, six mois après le séisme, est si critique que les ONG ont alerté la communauté internationale. « Ce problème de fuel est en train de se transformer en crise humanitaire », a signalé Sarah Blin, directrice de Handicap International au Népal. L’association, qui était présente dans le pays bien avant le séisme, a pu distribuer 4.300 kits de première nécessité et dispenser 10.500 séances de réadaptation à plus de 4.000 patients. Aujourd’hui, certaines de ces victimes ont toujours besoin de soins.

Or, à cause de la pénurie de pétrole, les équipes de kinésithérapeutes ne peuvent plus se rendre dans les régions les plus reculées, où les populations sont pourtant les plus fragiles.

Si la reconstruction des 605.000 maisons détruites s’annonce lente, c’est aussi parce que les risques sismiques doivent être pris en compte dans les nouvelles bâtisses. Des ONG et associations népalaises souhaitent que les autorités forment des maçons aux normes anti-séismes.

D’autant que le tremblement de terre d’avril dernier n’était pas celui attendu par les scientifiques. Le « big one », lui, devrait être d’une magnitude supérieure à 9. Et pourrait arriver d’ici quelques dizaines d’années seulement.

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