Chernobyl: les Russes ripostent avec leur propre série 

  11 Juin 2019    Lu: 540
  Chernobyl:   les Russes ripostent avec leur propre série 

Le show de HBO est très critiqué au pays de Vladimir Poutine. La chaîne d’Etat russe NTV va donc produire et diffuser sa version de la catastrophe nucléaire.

Acclamée en Occident, la mini-série américaine de HBO « Chernobyl », qui fait revivre les heures dramatiques de la catastrophe de Tchernobyl, ne fait pas l’unanimité en Russie où elle est accusée d’exagérer le rôle néfaste des autorités soviétiques de l’époque. Pour contrer cette vision de la pire catastrophe nucléaire de l’histoire de l’humanité, la télévision d’Etat russe va préparer son propre drame télévisé.

Très éloignée de la version diffusée en France sur OCS, cette nouvelle fiction va prétendre… qu’un espion de la CIA était présent sur le site de Tchernobyl. Cette série, qui sera diffusée sur la chaîne d’Etat russe NTV, se veut une vision plus patriotique de l’histoire. Craig Mazin, le créateur de la série HBO, s’est servie des récits des survivants pour recréer authentiquement l’Union soviétique des années 1980, et dégager des responsabilités. C’est loin d’être le cas de la version de NTV.

Une version complotiste de « Chernobyl »

Le « Tchernobyl » de NTV, tourné en Biélorussie, prend beaucoup plus de libertés avec l’Histoire. Les premières fuites sur le show russe font état d’un scénario qui tourne autour d’un agent de la CIA envoyé à Pripyat, située à 3 km de la centrale nucléaire, pour recueillir des renseignements et un agent de contre-espionnage russe envoyé pour le retrouver. De la pure fiction donc. Mais le réalisateur, Alexey Muradov, a déclaré aux médias russes que l’émission « racontera aux téléspectateurs ce qui s’est réellement passé à l’époque ».

« Il y a une théorie selon laquelle les Américains auraient infiltré la centrale nucléaire de Tchernobyl et de nombreux historiens ne nient pas que le jour de l’explosion, un agent des services de renseignements de l’ennemi était présent à la station », a déclaré Mouradov au tabloïd Komsomolskaïa Pravda.

La télévision d’Etat et les tabloïds russes ont accusé la série HBO de partialité ne valorisant pas assez les actes héroïques des travailleurs d’urgence soviétiques, ceux surnommés plus tard « les liquidateurs ».

« Chernobyl n’a pas montré la partie la plus importante de l’histoire - notre victoire », titrait le quotidien le plus populaire du pays, Komsomolskaya Pravda, récemment. En 2014, la chaîne russe TNT avait produit une série pour adolescents teintée d’épouvante ayant pour théâtre Tchernobyl. Et l’acteur et réalisateur russe Danila Kozlovsky avait annoncé en mars un film sur le sujet, dans lequel il tiendra le rôle principal.

« Je pense qu’il s’agit d’une œuvre télévisuelle de haute qualité »

Cette vision très nationaliste n’est pas partagée par tout le monde dans le pays de Vladimir Vladimirovitch Poutine. « Le degré de réalisme de « Chernobyl » est plus élevé que dans la plupart des films russes sur cette période », reconnaît le média, pourtant pro-gouvernemental, Izvestia. « Je pense qu’il s’agit d’une œuvre télévisuelle de haute qualité. Il n’y a rien à redire là-dessus », a affirmé pour sa part Susanna Alperina, journaliste culturelle au quotidien pro-Kremlin Rossiïskaïa Gazeta.

En Russie, la série n’est pas diffusée à la télévision mais est accessible via la plate-forme de streaming Amediateka, qui a obtenu les droits pour de nombreuses séries populaires telles que « Game of Thrones ». L’œuvre est surtout louée pour avoir réussi à reproduire l’ambiance de l’URSS, rappelant souvent aux spectateurs russes leur enfance. Et pour cause, le tournage a été partagé entre l’Ukraine et une ancienne centrale nucléaire soviétique en Lituanie, équipée des mêmes réacteurs RBMK que Tchernobyl.

La série exprime « du respect et une sympathie pour les gens, pour notre peuple soviétique », a relevé sur Facebook la journaliste Ksenia Larina, de la radio indépendante Écho de Moscou. « Mais elle exprime un dédain fort pour les autorités qui ont méprisé leurs citoyens » rappelle-t-elle.

Le Parisien


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