Dans l'impasse, les Espagnols de retour aux urnes

  10 Novembre 2019    Lu: 373
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Les Espagnols reprendront le chemin de l'isoloir dimanche pour élire un gouvernement, plus de six mois après les élections convoquées par Pedro Sanchez. 

Le socialiste, qui avait fait tomber le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, n'est pas parvenu à obtenir les soutiens nécessaires pour être reconduit au pouvoir par les députés. Favori dans les sondages bien que sans majorité, le Premier ministre en affaires courantes affrontera notamment les extrémistes de Vox, qui montent en puissance alors que la crise catalane menace l'unité du pays.

Petit coup d'oeil dans le rétroviseur. L'arrivée de Podemos (gauche radicale) et de Ciudadanos (centre) dans le jeu électoral espagnol a bousculé le traditionnel bipartisme, qui éclate lors du scrutin législatif du 20 décembre 2015. C'en est alors fini de l'alternance entre les conservateurs du Parti populaire et les socialistes du PSOE.

Six mois plus tard, aucune force politique n'est parvenue à constituer une majorité parlementaire, ce qui renvoie les Espagnols aux urnes le 26 juin 2016. Le Parti populaire de Mariano Rajoy s'impose avec 33% des suffrages, devant le Parti socialiste ouvrier espagnol de Pedro Sánchez et ses 22,6%. La droite conservatrice se heurte pourtant au veto de la gauche socialiste et à celle antiaustérité de Podemos.

In extremis, le PSOE décide de ne plus s'opposer à l'investiture de Mariano Rajoy à la tête du gouvernement pour éviter de nouvelles élections après dix mois de blocage.

La crise catalane s'impose en octobre 2017 dans un climat politique déjà tendu. Les sécessionnistes, à la tête du gouvernement régional, organisent un référendum sur l'indépendance de cette riche région qui contribue à hauteur de 19% au PIB espagnol. 

Le scrutin, interdit, est marqué par des violences de la police nationale venue empêcher le vote. Parmi les 2,3 millions de votants sur les 5,5 millions d'électeurs catalans (43% de participation), 90% disent "oui" à la création d'une République catalane indépendante. Le 27 octobre, le parlement régional proclame l'indépendance mais en suspend presque immédiatement les effets. 

En réaction, Mariano Rajoy met la Catalogne sous tutelle et destitue son président, Carles Puigdemont. Pedro Sanchez soutient l'action du gouvernement mais prône l'ouverture de négociations avec l'exécutif catalan. Deux mois plus tard, aux élections régionales du 21 décembre 2017, près de 52% des Catalans votent pour des partis qui défendent le maintien de la région en Espagne, révélant une société particulièrement divisée sur la question de la sécession.

Un scandale de corruption précipite la chute de Mariano Rajoy, dont le parti est minoritaire au parlement. Le 25 mai 2018, le PSOE dépose depuis les bancs de l'opposition une motion de censure à l'égard du Premier ministre, englué dans un procès sur l'existence d'une "caisse noire" au sein du Parti populaire. Pedro Sanchez parvient à gagner l'appui de la gauche alternative de Podemos, des indépendantistes catalans et de plusieurs autres partis régionalistes et met fin le 1er juin 2018 à l'"ère Rajoy", au pouvoir depuis 2011.

À la tête du gouvernement le plus minoritaire de l'Histoire espagnole, le socialiste ne parvient pas à maintenir la fragile majorité formée autour de son parti, alors que les indépendantistes catalans continuent de réclamer un référendum d'autodétermination pourtant inacceptable pour Madrid. Pedro Sanchez convoque donc des élections législatives anticipées pour le 28 avril 2019.

Ce nouveau scrutin marque la résurgence de l'extrême droite, plus de 40 ans après la mort du dictateur Francisco Franco. Après avoir chassé les socialistes de leur fief andalou en s'alliant au PP et à Ciudadanos lors des élections régionales de décembre, le parti ultranationaliste, antiféministe et anti-immigration Vox fait son entrée au Parlement fédéral avec 24 députés (10,3% des suffrages). 

Son président Santiago Abascal, qui prône la manière forte en Catalogne, annonce le début de la "reconquête" de l'Espagne. Durant la campagne, Vox n'avait d'ailleurs pas hésité à qualifier Pedro Sanchez de "traître" pour avoir tenter de dialoguer avec les séparatistes catalans. Un argument également repris par le PP, mais qui n'aura pas fait mouche puisque les conservateurs perdent la moitié de leurs sièges. De 137 sièges en 2016, ils retombent à 66 élus. Le PSOE remporte certes ces élections mais avec 123 députés sur 350, il ne dispose pas de majorité absolue.

Pour être reconduit au pouvoir, le socialiste Pedro Sanchez doit disposer d'une majorité absolue de 176 voix et donc obtenir le soutien de la gauche radicale de Podemos, qui compte 42 sièges, et de plusieurs petits partis régionalistes. Sans accord de coalition avec Podemos, M. Sanchez trébuche et butte sur la date limite du 23 septembre. Passée cette échéance, le Parlement est dissout et de nouvelles élections sont convoquées pour le 10 novembre.

Très présent sur les réseaux sociaux, Vox a remporté "la bataille électorale de l'attention", soulignait jeudi El País, après le grand débat lundi des cinq présidents de parti. Aucun d'eux n'a en outre osé attaquer frontalement le leader d'extrême droite. Ignoré par le président du PP Pablo Casado, Santiago Abascal n'a pas plus été bousculé par Pedro Sanchez, qui s'est contenté de confronter M. Casado et Albert Rivera (Ciudadanos) aux propositions des ultranationalistes, avec qui les conservateurs et les centristes sont alliés en Andalousie et à Madrid.

Si les derniers sondages donnent les socialistes gagnant avec 121 sièges (deux de moins qu'en avril), les électeurs de gauche se rendront aux urnes dimanche plus divisés qu'en avril en raison de la candidature de l'ancien n°2 de Podemos, Iñigo Errejon. Pedro Sanchez a par ailleurs déjà catégoriquement exclu de s'allier au Parti populaire pour parvenir à une majorité absolue. (Belga)


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