Pluton aurait un océan sous sa surface de glace

  24 Mai 2019    Lu: 224
Pluton aurait un océan sous sa surface de glace

De nouvelles recherches étayent l'hypothèse qu'un océan serait toujours liquide sous la surface gelée de Pluton et cela même quatre milliards et demi d'années après sa formation. Il y a sans doute plus d'océans dans l'univers qu'on ne le pense, estiment les chercheurs.

En 2015, au fil des découvertes des images de Pluton prises par la sonde New Horizons qui l'avait frôlé le 14 juillet, la grande diversité géologique de ce petit monde lointain avait beaucoup surpris les chercheurs. Pour la première fois, l'humanité pouvait voir à quoi ressemble la surface de cette planète naine située au-delà de Neptune, entre 4,4 et 7,3 milliards de kilomètres de la Terre (5,9 milliards de kilomètres en moyenne).

L'une de ses caractéristiques les plus marquantes -- vous en avez sans doute déjà entendu parler -- est ce grand cœur de couleur crème qui s'étale de part et d'autre de l'équateur de Pluton, sur l'une de ses faces. Un cœur froid dont le ventricule gauche, la vaste plaine Spoutnik, est enduit de glace d'azote. Il est probable, proposent des chercheurs, qu'un impact géant en soit à l'origine. Le choc aurait éventré la planète naine et ainsi permis à l'eau de remonter vers la surface. Le déséquilibre des masses a sans doute pesé en faveur de la synchronisation avec son compagnon Charon (deux fois plus petit) -- les deux astres forment un système binaire et sont synchrones. L'axe des maréestraverse en effet Spoutnik.

La plaine Spoutnik, moitié gauche du « cœur » qu’arbore Pluton, est traversée par l’axe des marées Pluton-Charon. © Nasa, Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory, Southwest Research Institute 

Mais pour les scientifiques, une énigme demeure : vu l'âge de la planète naine (4,6 milliards d'années), pourquoi cet océan, s'il existe, n'est-il pas complètement gelé ? Surtout, sans planète géante à proximité pour masser son noyau sous l'action des forces de marées, comme c'est le cas avec Europe autour de Jupiter, ou Encelade autour de Saturne... Comment est-il possible de conserver un océan si longtemps ?

Dans une étude qui vient de paraître dans Nature Geoscience, une équipe internationale emmenée par Shunichi Kamata, de l'université d'Hokkaido, pense avoir trouvé la réponse : il y aurait une couche protectrice entre la glace en surface et l'océan.

Il y aurait plus d'océans dans l'univers qu'on ne le pensait

Cette couche isolante serait composée d'hydrates de gaz assez visqueux, présument-ils, notamment d'hydrates de méthane, lesquels proviendraient du noyau de la planète naine. Ceci expliquerait d'ailleurs cela : l'absence de CH4 dans la fine atmosphère de Pluton.

Pour inférer cette hypothèse de la longévité de l'océan, les chercheurs ont fait tourner leurs ordinateurs afin de modéliser l'évolution interne de Pluton depuis ses origines. Une simulation incluait dans sa recette une couche d'hydrates de gaz placée entre le présumé océan et la couverture de glace en surface, tandis que dans une autre simulation, elle en était absente. Résultat : pour la première, le réservoir dans le sous-sol gèle difficilement, même après des milliards d'années tandis que dans le second cas, il devrait être figé depuis des centaines de millions d'années.

Vue en coupe de la structure interne supposée de Pluton. L’océan pourrait encore exister s’il est recouvert d’une couche isolante d’hydrates de gaz, située sous le manteau de glace qui affleure à la surface. De la glace d’azote emplit la cuvette de la plaine Spoutnik. © Nasa, Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory, Southwest Research Institute 

En outre, l'équipe a constaté que la face interne de la couche de glace mettrait plus d'un milliard d'années pour s'aplanir dans le premier scénario contre seulement un million d'années dans le second, en l'absence de couche isolante. Voilà qui renforce l'argument qu'un océan existe toujours sous la surface de Pluton. Qui l'aurait imaginé il y a encore 10 ans ? Un monde si petit et éloigné du Soleil où, le jour, la température ne dépasse pas -220 °C !

Face à ces résultats, on peut raisonnablement penser que la formule existe ailleurs, au-delà du Système solaire... « Cela voudrait dire qu'il y a plus d'océans dans l'univers qu'on ne le pensait auparavant, ce qui rend l'existence de vies extraterrestres plus plausible » a proclamé l'auteur principal de l'article scientifique. Il n'y aurait pas que dans les zones habitables des étoiles que la vie pourrait exister.

Futura Sciences


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