ONU: projet russe pour recadrer la lutte contre les armes chimiques

  17 Mai 2019    Lu: 445
ONU: projet russe pour recadrer la lutte contre les armes chimiques

La Russie a transmis à ses partenaires du Conseil de sécurité un projet de résolution dénonçant « la politisation continue » de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) qui a créé une équipe d'enquêteurs sur la Syrie, selon des diplomates.

Soutenu par la Chine, le texte, auquel a eu accès l'AFP, rappelle que le Conseil de sécurité-où Moscou détient un droit de veto-est le seul organe international pouvant imposer des sanctions à des pays contrevenant à la Convention d'interdiction des armes chimiques (CIAC).

Le projet note « avec inquiétude la politisation continue du travail de l'OIAC » qui, selon Moscou, s'écarte de plus en plus de la pratique passée de décisions prises sur la base d'un consensus.

Aucune indication n'a été donnée sur la date d'une éventuelle mise au vote du texte. Pour être adoptée, une résolution doit recueillir neuf voix sur les 15 du Conseil sans utilisation d'un veto par l'un de ses cinq membres permanents (États-Unis, France, Royaume-Uni, Chine et Russie).

« Ce que veulent bien sûr les Russes c'est étrangler l'OIAC », estime un diplomate sous couvert d'anonymat.

« La logique russe est de fragiliser l'OIAC et la CIAC - avec en arrière-pensée la Syrie mais aussi Salisbury », en Angleterre, où Moscou est soupçonné d'avoir voulu empoisonner un ancien espion double russe, abonde un autre diplomate, également sous couvert d'anonymat.

L'Équipe d'enquête et d'identification (IIT) de l'OIAC est chargée de désigner les responsables d'attaques chimiques en Syrie. Elle a été créée contre l'avis de la Russie après la disparition, suite à un veto russe fin 2017, d'un Mécanisme d'enquête conjoint de l'OIAC et de l'ONU appelé JIM qui a fonctionné pendant deux ans.

L'IIT doit débuter formellement ses enquêtes prochainement et doit notamment déterminer qui sont les responsables d'une attaque présumée au chlore à Douma en Syrie en avril 2018 ayant fait une quarantaine de morts. La Russie et la Syrie ont rejeté les conclusions de l'OIAC, basée à La Haye, affirmant que cette attaque a été menée au moyen d'une arme chimique.

Pour Louis Charbonneau, un responsable de l'ONG Human Rights Watch, le projet de résolution russe « ressemble à une tentative désespérée d'éviter une confirmation que le gouvernement syrien, comme le groupe État islamique, a utilisé à plusieurs reprises des armes chimiques en violation du droit international ».

« La Russie a déjà eu recours à son droit de veto pour tuer un mécanisme d'enquête soutenu par l'ONU », a rappelé Louis Charbonneau, en espérant que des membres du Conseil de sécurité « bloqueront les tentatives de sabotage du travail de l'OIAC ».

AFP


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