Couple: faut-il vraiment tout dire à son partenaire?

  10 Mars 2018    Lu: 697
Couple: faut-il vraiment tout dire à son partenaire?

Si la complicité est essentielle dans une relation amoureuse, la transparence totale peut parfois générer des conflits. Préserver son jardin secret peut parfois être bénéfique pour le couple.

Ce quadra s’est fait une loi d’être toujours sincère et transparent avec sa compagne, et ce afin d’établir une relation «durable et confiante». Aussi dans une récente soirée, lorsqu’il croise une ancienne petite amie, il ne peut s’empêcher de dire à sa compagne: «Tu vois cette fille, là-bas? Ça me fait drôle de la revoir… Avec elle, il y a dix ans, j’ai trompé celle avec qui j’étais à l’époque.» Son actuelle compagne ne dit rien. Mais des mois après, lors d’une dispute, elle remet en cause sa confiance en lui: «Avec toi, je ne peux être sûre de ce qui peut arriver»… Et désormais, à la moindre occasion, elle le ramène à cet épisode indélicat de sa vie affective pour mieux le mettre en tort.

Un exemple de situation qui fait dire au Dr Jean-Christophe Seznec, auteur (avec Laurent Carouana) de Savoir se taire, savoir parler (Éd. InterÉditions), que les appels à la sincérité tous azimuts que prônent aujourd’hui de nombreux coachs en communication et thérapeutes de couple ne sont pas forcément bénéfiques. «J’en appelle à la nécessité de faire attention à toute dictature de la parole, explique-t-il. Prenons l’actuel diktat dans le couple, par exemple, qui invite les partenaires à “tout se dire”. En réalité, la parole peut être instrumentalisée et générer d’incessants conflits émotionnels, comme on le voit avec ce précédent aveu qui depuis est utilisé contre mon patient.»

Voilà des propos qui, dans le «tout-transparent» que réclame notre société, paraissent singuliers. Mais actuellement, d’autres voix s’expriment. Quelques spécialistes du couple invoquent abondamment la nécessaire liberté de pouvoir, aussi, se taire.

Distinguer transparence et complicité

Le Dr Sylvain Mimoun, sexologue qui publie L’Égoïsme partagé! (Éd. Eyrolles), en fait partie. Il met lui aussi à mal l’idée d’un partenaire devenant le réceptacle obligé de tous nos états d’âme, souvenirs, désirs… Une vision fusionnelle de la relation amoureuse qui, selon lui, reposerait essentiellement sur l’égoïsme de celui qui veut parler. «Si l’on est dans “Je dis ce que je veux, je fais ce que je veux” sans tenir compte de l’autre, on perd ce que j’appelle le “droit chemin” et qui est un partage de bonheur à deux», estime-t-il. En ce sens, le sexologue invoque la nécessité de distinguer transparence et complicité. «Dans la seconde, les deux partenaires éprouvent du plaisir.»

À l’heure des réseaux sociaux, des confessions obligées, la question de l’authenticité intéresse les psychologues. Ainsi, une chercheuse de l’université de Pékin, Yi Nan Wang, explore «l’authenticité équilibrée» et, pour définir les ressorts de celle-ci, elle a soumis ses participants à un questionnaire à 17 entrées, qui vont de «Je n’ose pas dire la vérité aux autres par souci de leurs émotions» à «J’ai l’habitude de dire la vérité aux autres sans me sentir concerné par la manière dont ils réagiront». Chaque participant devait évaluer chacune de ces assertions comme le concernant peu, beaucoup, ou pas.

En conclusion de cette étude, la chercheuse définit trois formes d’authenticité: «l’authenticité distordue», c’est-à-dire altérée par la trop grande importance accordée au regard de l’autre ; «l’authenticité égocentrique», celle justifiée par le seul bon plaisir de l’émetteur ; enfin, précieuse entre toutes, l’authenticité «équilibrée», capable de prendre en compte les sentiments de l’autre tout en sachant exprimer sa vérité.

Découverte importante de Yi Nan Wang: l’un des leviers de cette «authenticité équilibrée» est un sentiment de bien-être, une bonne estime de soi qui fait que la personne ne craint pas, par ses révélations, de froisser l’autre ni ne veut lui faire absolument plaisir. Cet équilibre raffiné, pas toujours accessible, permet d’atteindre un but défini par le Dr Sylvain Mimoun: «Rester authentique sans menacer l’équilibre du couple.»

Autre procédé porteur: s’interroger sur ses motivations profondes à mettre à jour certains ressentis. «Notre vie intérieure et personnelle est aussi faite de fantasmes, de jardins secrets, de rêves, explique le sexologue. Certaines choses très précieuses à protéger nous concernent dans notre solitude et notre autonomie, alors pourquoi vouloir en parler à l’autre?»

Et si l’un des leviers de l’amour durable est la curiosité, préserver un certain mystère s’avère essentiel pour maintenir l’intérêt de l’autre. «Se dire tout, c’est souvent devenir compagnon de son partenaire, mais en perdant l’érotisme subtil qui vivifie l’union, observe en ce sens le Dr Jean-Christophe Seznec. Nous avons tous une “arrière-cuisine”, et c’est heureux. Et si nous l’exposions à tout bout de champ, nous aurions moins envie d’y “manger”.»


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