Faire plonger le dollar, une arme de plus dans la guerre commerciale ?

  25 Janvier 2018    Lu: 809
Faire plonger le dollar, une arme de plus dans la guerre commerciale ?

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a pris les marchés financiers par surprise et fait plonger le billet vert avec une déclaration abrupte en faveur d'un dollar faible, qui tranche drastiquement avec la traditionnelle doctrine américaine.

Au Forum économique de Davos en Suisse, M. Mnuchin a fait voler en éclat le discours en vigueur depuis plusieurs décennies qui assure, comme le répétait à l'envi Robert Rubin, le secrétaire au Trésor de Bill Clinton, qu'"un dollar fort est dans l'intérêt des Etats-Unis".

Au contraire, M. Mnuchin a crûment laissé tomber mercredi qu'un "dollar plus faible" était "bon" pour le pays puisqu'il favorise "le commerce et les opportunités".

L'idée est qu'un dollar plus faible va rendre les exportations américaines plus compétitives, tandis qu'en renchérissant les prix à l'importation, il va décourager celles-ci et donc réduire le déficit commercial de la première économie mondiale, un des objectifs du président Trump. 

Mais dans la foulée de cette déclaration coup de poing, le billet vert a perdu 1%, faisant s'envoler l'euro au plus haut depuis plus de trois ans.

En prenant cette position, Steven Mnuchin semble brandir une arme supplémentaire dans la guerre commerciale menée par Washington qui veut promouvoir "l'Amérique d'abord".

- Guerre des monnaies -

"Cela fait un peu partie de la guerre commerciale", résume Joseph Gagnon, économiste au Peterson Institute for International Economics (PIIE) qui se félicite de cette déclaration.

"J'étais content d'entendre ça. Un dollar fort a été très dommageable et cela dure depuis trop longtemps", estime cet économiste, affirmant que l'Europe, et surtout l'Allemagne, ont profité de cet écart des devises pour gonfler leur excédent commercial avec les Etats-Unis. 

Il reconnaît qu'avec des taux d'intérêt supérieurs à l'UE et un cycle économique plus avancé, la monnaie américaine justifie d'être un peu plus forte que l'euro.

"Mais quand l'euro était tombé à 1,09 dollar, c'était bien trop faible. Je pense qu'à taux d'intérêt et cycle économique comparables, l'euro devrait être à 1,50", assure cet ancien économiste de la Fed.

Au vu de l'ampleur de la réaction mercredi sur le marché des changes, ---l'euro ayant passé le cap des 1,2415 mercredi à New York--, le secrétaire au Commerce Wilbur Ross, lui aussi à Davos, a voulu calmer le jeu. Il a assuré que son collègue du Trésor n'avait pas voulu agir sur le billet vert: "Il ne préconisait rien. Il disait simplement, ce n'est pas la plus grande préoccupation du monde pour nous en ce moment", a-t-il affirmé.

La Maison Blanche, pour sa part, est restée évasive, soutenant entre les lignes la position de M. Mnuchin. "Nous avons un dollar stable qui reflète comment l'économie se porte", a déclaré la porte-parole de Donald Trump, Sarah Sanders, soulignant le rôle de devise de réserve du billet vert. "Nous croyons à une monnaie qui circule librement", a-t-elle ajouté. 

Les mots de Steven Mnuchin auraient-ils dépassé sa pensée ? Pas sûr. Pour Joel Naroff, économiste indépendant interrogé par l'AFP, "M. Mnuchin est un homme qui dit ce qu'il pense, sans trop de filtre".

"Parlait-il au nom de tout le gouvernement, je ne sais pas. Mais je soupçonne qu'ils vont être contents si le dollar baisse", a-t-il ironisé.

- Stratégie risquée -

Mais pour d'autres observateurs, c'est une stratégie risquée pour l'administration que de faire baisser le billet vert par des commentaires.

"Cela peut provoquer une course des devises vers le bas car tout le monde veut avoir une monnaie plus compétitive que le dollar ou que son partenaire commercial", prévient Greg Daco, économiste en chef d'Oxford Economics aux Etats-Unis.

"Si l'administration dit maintenant ouvertement qu'elle veut un dollar plus faible, cela ouvre la porte à une baisse artificielle des autres monnaies qui veulent rester en-dessous du dollar", a-t-il expliqué.

Certains pays émergents, voire la Chine, pourraient ainsi laisser déprécier leur monnaie pour rester compétitifs commercialement. Il évoque même la zone euro qui "optant pour la façon la moins dérangeante possible pourrait choisir de retarder la remontée des taux d'intérêt", qui aurait elle pour effet de faire grimper l'euro encore davantage.

D'autres soulignent aussi que si un dollar plus faible peut réduire le déficit commercial, il présente également le risque d'importer de l'inflation.

Les prix à l'importation deviennent plus chers, accélérant l'inflation, ce qui peut en retour décourager les consommateurs et ralentir leurs dépenses, moteur de l'économie américaine.

"Il faut garder cela à l'esprit quand on parle de dollar plus faible. Ce n'est pas nécessairement entièrement positif. C'est peut-être une déclaration audacieuse, mais est-elle judicieuse ?", s'interroge M. Daco.


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