Manchester: Se tatouer une abeille en hommage aux victimes

  27 Mai 2017    Lu: 4599
Manchester: Se tatouer une abeille en hommage aux victimes
A Manchester, les tatoueurs sont débordés: des centaines de personnes veulent se faire tatouer le symbole de la ville, en hommage aux victimes de l'attentat de lundi soir.
Dans son salon de tatouage de Manchester, Paul n'arrive à rien, interrompu sans arrêt par le téléphone. Quatre jours après l'attentat meurtrier, des centaines veulent graver sur leur peau une petite abeille, symbole de résilience dans cette ville endeuillée. Naomi Johnson, robe d'été, lèvres rose bonbon et lunettes de soleil relevées sur le front, a eu de la chance. Elle est arrivée tôt vendredi chez Tattitude, avant le tourbillon, ils l'ont prise tout de suite. «J'avais envie de faire quelque chose qui résume comment on se sent tous», raconte cette neurologue de 32 ans, la cheville gauche posée sur un tabouret.

Un artiste est penché dessus, concentré. Il écrit aussi les mots «Stay strong our kid», une expression locale pour dire «tiens bon mon ami». «Manchester est une ville unique. L'abeille signifie qu'ici on travaille dur, qu'on est debout et solidaires», explique-t-elle en référence à la culture ouvrière de la cité. «Et en plus, l'argent revient aux familles». Un fonds d'aide, mis en place par la mairie avec notamment l'aide de la Croix-Rouge après l'attentat de lundi soir qui a tué 22 personnes dans une salle de concert, a déjà récolté 4 millions de livres.

Un tatoueur de la région, reconnaissant ne savoir «que tatouer», s'est mobilisé, proposant de faire payer 50 livres la petite abeille et de verser les sommes collectées à ce fonds. Une consœur a monté une page Facebook et c'était parti. Jordon, 28 ans, qui dessine d'un geste sûr et rapide l'abeille de Naomi, fait des heures sup depuis plusieurs jours. «Et je vais venir bosser sur mes jours de repos. La demande est énorme», dit-il.

«Hier j'ai tatoué une quinzaine d'abeilles. Et là, il y a déjà six personnes qui attendent leur tour», dit le jeune homme, sans lever la tête de son ouvrage. Son patron, Paul, qui possède trois salons, confirme. «On a rappelé des clients qui avaient rendez-vous pour leur dire qu'on les prendrait plus tard. On se concentre sur les abeilles. Comme ça on peut prendre des gens qui se présentent... Pardon, je dois répondre là», dit-il. Encore le téléphone. «Oui dimanche et lundi, ce sera ouvert. Sans rendez-vous. Des tatoueurs vont venir en renfort d'autres villes du coin, mais il faudra faire la queue oui...» Il raccroche. «Je vais acheter des boissons fraîches pour faire patienter les gens», dit-il, comme à lui-même.


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