Mme la Ministre, dans ces jours vous avez eu la visite à l’Azerbaidjan. Est-ce que c’était votre première visite officielle à notre pays et quelle est votre première impression sur l’Azerbaidjan ?
C’était en effet ma première visite en Azerbaïdjan et, bien que très brève, elle m’a permis de mieux comprendre votre pays, grâce à la richesse des entretiens que j’ai pu avoir en deux jours. J’ai été impressionnée par la ville de Bakou. Ces premières impressions très positives m’ont donné envie de revenir plus longuement.
Vous avez eu les rencontres avec les représentants de l’Etat. Comment pourriez-vous résumer les discussions menées pendant ces consultations?
Elles ont été à l’image des relations entre nos deux pays : à la fois cordiales, franches et constructives. Mon entretien avec le ministre des Affaires étrangères M. Mammadyarov et les consultations que j’ai eues avec le vice-ministre M. Khalafov ont permis non seulement de faire un tour complet des perspectives de nos relations bilatérales, mais également d’échanger nos points de vue sur des questions plus vastes, comme la sécurité régionale ou la lutte contre le terrorisme. J’ai également eu un entretien au comité d’Etat pour le travail avec les religions, au cours duquel nous avons abordé les questions de laïcité, de coexistence des religions et de dialogue entre les cultures. Je retiens enfin la richesse de mes échanges avec plusieurs représentants de la société civile azerbaïdjanaise, dont la vitalité est à mon sens indispensable tant au développement du pays qu’au rapprochement que nous soutenons entre l’Azerbaïdjan et l’Union européenne. Pour conclure, je dirais que ces consultations bilatérales, que nous tenons régulièrement à Paris et à Bakou, ont à nouveau montré leur grande utilité.
Au niveau des relations politiques entre l'Azerbaïdjan et la France le développement a réussi dans la coopération bilatérale. Comment apprécierez-vous l’avenir des relations bilaterales entre de deux pays ?
Je suis optimiste. Comme vous savez, les contacts au niveau des ministres et des chefs d’Etat sont fréquents – le président Aliev était d’ailleurs en visite officielle en France en mars dernier. Au cours de mon séjour à Bakou, j’ai pu personnellement constater l’ampleur du travail effectué ces dernières années pour approfondir notre relation dans tous les domaines. Au-delà du dialogue politique et des échanges économiques, je pense particulièrement à notre coopération universitaire qui a franchi une nouvelle étape avec l’ouverture, en septembre 2016, de l’Université franco-azerbaïdjanaise, ainsi qu’à la coopération décentralisée qui suscite l’intérêt des plusieurs dizaines de collectivités territoriales dans les deux pays. Je suis convaincue qu’il y a une volonté mutuelle de poursuivre dans cette voie, toujours dans le cadre d’une relation dense et sincère.
Qu’est-ce que vous pouvez dire sur le rôle de la France dans le règlement du conflit du Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaidjan en tant que co-président du Groupe de Minsk engagé de trouver la solution de ce conflit et à votre avis, comment empèche-t-il ce conflit au développement régional ?
Depuis qu’elle est co-présidente du Groupe de Minsk, la France n’a pas ménagé ses efforts pour trouver une solution négociée et durable au conflit du Haut-Karabagh. Sans remonter aux entretiens de Paris de 2001, je mentionnerai le sommet organisé à l’initiative du président Hollande en octobre 2014, qui a permis de progresser sur des questions humanitaires. Cela dit, nous demeurons toujours très préoccupés par l’absence de règlement et le risque de reprise des affrontements qui est réel, comme on a pu le voir en avril 2016. Ce conflit, qui a infligé d’énormes souffrances aux deux peuples, n’a que trop duré. En concertation permanente avec nos partenaires russe et américain, nous poursuivons donc nos efforts pour que le cessez-le-feu soit respecté et que les négociations puissent aboutir à un compromis mutuellement acceptable, qui sera au bénéfice des peuples azerbaïdjanais et arménien.
Quels sont les perspectives des activités des commissions intergouvernementales Azerbaïdjan-France, en particulier, de la coopération énergétique ?
Ces commissions, qui rassemblent des représentants de plusieurs administrations des deux pays, sont à mon sens particulièrement importantes, car elles permettent à la fois de faire le point sur notre coopération et d’envisager des pistes pour l’avenir. Je crois qu’elles ont démontré leur efficacité ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle a été créée il y a un an une nouvelle commission intergouvernementale sur la coopération décentralisée.
J’ai eu l’occasion de participer moi-même à la dernière réunion de la commission mixte de coopération économique, qui a eu lieu à Paris le 13 décembre dernier et qui a abordé à la fois les grands dossiers économiques en cours et les perspectives de développement de nos échanges économiques à de nouveaux domaines, comme l’agriculture et le tourisme. Elle s’est bien entendu également penchée sur la coopération énergétique, qui est pour la France particulièrement importante non seulement du point de vue des échanges économiques, mais également de celui de la sécurité des approvisionnements de l’Union européenne dont le futur Corridor sud gazier sera l’une des pièces essentielles.
Lors de votre visite vous avez donné la conférence à l’Université ADA et présenté votre discours sur le thème de gender. Pourriez-vous nous en parler ? Est-ce qu’il est actuel ce thème à la diplomatie contemporaine ?
J’ai été particulièrement honorée de pouvoir parler de la place de la femme dans la diplomatie et plus largement dans le monde actuel, surtout en Azerbaïdjan qui a accordé le droit de vote aux femmes dès 1918, soit 26 ans avant la France. J’ai voulu retracer le chemin parcouru par notre ministère des Affaires étrangères pour que l’égalité entre les hommes et les femmes soit une réalité : il a fallu attendre 1928 pour qu’une femme, Suzanne Borel, soit admise au concours du ministère des Affaires étrangères et 1972 pour que soit nommée la première ambassadrice de France, Marcelle Campana. Aujourd’hui des efforts considérables sont faits pour assurer la parité entre les hommes et les femmes au sein des postes de responsabilité, au ministère des Affaires étrangères et, plus largement, dans les partis politiques et au sein des conseils d’administration des entreprises. Pour répondre au dernier point de votre question, j’ai bien entendu abordé la question internationale du « genre et développement ». Nous le savons, les politiques de développement, à la fois économique et social, sont un pilier de la diplomatie contemporaine. Or, l’égalité entre les hommes et les femmes en est une condition nécessaire et c’est à ce titre que la France est particulièrement engagée dans ce combat au niveau international, au travers notamment de ses programmes de coopération.
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