Allemagne: un congrès des populistes en pleine guerre des clans

  22 Avril 2017    Lu: 1322
Allemagne: un congrès des populistes en pleine guerre des clans
Sans chef indiscutable et empêtrés dans des luttes internes, les populistes allemands de l'AfD vont tenter samedi et dimanche de s'accorder sur une stratégie électorale devant conduire à une percée historique aux législatives de septembre.

Le congrès de Cologne (ouest) de l'Alternative pour l'Allemagne se déroule aussi sous haute surveillance policière, car quelque 50.000 contre-manifestants sont attendus, dont certains enclins à la violence. L'an passé à Stuttgart, des heurts attribués à l'extrême gauche avaient éclaté.

Cette réunion de l'AfD est censée résorber la fracture entre les "réalistes" du parti voulant rompre avec les discours réputés d'extrême droite, et les tenants d'une ligne plus dure, habitués aux dérapages verbaux, notamment racistes.

Le débat est d'autant plus important que ces hostilités internes nourrissent la baisse de popularité de ce parti. Il avait pourtant connu un essor fulgurant lors de la crise migratoire de 2015-2016, lorsque la chancelière Angela Merkel avait ouvert son pays à plus d'un million de demandeurs d'asile.

Dernier coup de théâtre en date, la co-dirigeante de l'Alternative pour l'Allemagne et chef de file des "réalistes", Frauke Petry a annoncé mercredi ne pas vouloir être tête de liste aux élections, plongeant le parti dans l'embarras faute d'un autre candidat.

La formation qui se revendique anti-islam, eurosceptique et porteuse des valeurs familiales traditionnelles pourrait en conséquence décider de partir en campagne sans réelle figure de proue.

Pour marginaliser ses adversaires en interne, Mme Petry a aussi appelé les délégués du parti à adopter au congrès une stratégie de "realpolitik" à même de les conduire au pouvoir dès 2021 et bannissant les dérapages racistes.

- Répondre à l'érosion -

La télégénique Mme Petry, enceinte de son cinquième enfant, relève que "les tensions internes" et les propos polémiques ont conduit "à une érosion drastique du potentiel électoral" de la formation.

La femme de 41 ans, inspirée par la française Marine Le Pen, veut ainsi élargir son électorat dans un pays encore marqué par son passé nazi. Mais les tenants d'une ligne plus dure sont majoritaires parmi les militants de l'AfD, notamment dans les bastions de l'Est.

Son principal adversaire en interne, Alexander Gauland, 76 ans, a ainsi vivement critiqué Mme Petry, lui intimant de retirer sa motion.

"La motion est un problème car elle divise notre parti (...) certains chez nous réclame qu'elle soit retirée de l'ordre du jour. Ce serait une décision intelligente", a-t-il dit au journal Stuttgarter Zeitung.

M. Gauland a fait aussi jusqu'ici dérailler les efforts de Frauke Petry pour exclure les cadres du parti ayant tenu des propos controversés sur le nazisme.

Il y a peu encore, le parti volait de succès en succès, parvenant à rentrer dans 11 des 16 assemblées régionales allemandes. Des sondages lui donnaient alors jusqu'à 15% des voix.

Mais, entre crise interne et baisse du flux migratoire, la formation a enregistré un repli conséquent depuis janvier (7 à 11% selon les études).

Ce niveau reste historique pour un parti de ce type dans l'Allemagne d'après-guerre, mais l'objectif d'obtenir un résultat à deux chiffres en septembre et de devenir le troisième parti du pays est loin d'être acquis.

Autre mauvaise nouvelle pour l'AfD: l'urgence migratoire passée et après l'adoption d'une série de mesures pour accélérer les expulsions, Mme Merkel, qui vise un quatrième mandat, a vu sa popularité remonter.

Et les sociaux-démocrates, conduits par l'ex-président du Parlement européen Martin Schulz, connaissaient aussi une embellie.
Romandie

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