Le pays sud-américain, qui s’est effondré économiquement avec la chute des cours du pétrole – sa principale richesse -, est déchiré par une profonde crise politique depuis la victoire historique de l’opposition de centre droit aux législatives de fin 2015.
La situation s’est enflammée ces derniers jours, quand la Cour suprême, réputée proche du président Maduro, s’est brièvement arrogé les pouvoirs du Parlement, déclenchant un tollé international qui l’a poussée à faire machine arrière 48 heures plus tard.
L’opposition, réunie dans une vaste coalition, la MUD (Table pour l’unité démocratique), crie à la tentative de coup d’Etat et espère mobiliser ses partisans en masse jeudi.
Car, s’ils avaient réussi par le passé à susciter des manifestations de centaines de milliers de personnes, les antichavistes (du nom de l’ancien président Hugo Chavez, 1999-2013) peinent désormais à faire se déplacer une population quelque peu découragée et plutôt accaparée par les soucis du quotidien.
“Nous appelons le peuple (à descendre) dans la rue pour soutenir l’exigence de destitution des magistrats” de la Cour suprême, a déclaré le vice-président de l’Assemblée, Freddy Guevara, en référence à l’autre offensive lancée mercredi par le Parlement, qui veut écarter les juges de cette institution, pour avoir tenté un “coup d’Etat”.
Cette initiative a toutefois peu de chances d’aboutir: hormis l’Assemblée, le chavisme contrôle toutes les institutions au Venezuela. Et depuis janvier 2016, la Cour suprême a réussi à faire annuler toutes ses décisions.
Dans ce pays qui est l’un des plus violents au monde et où de vastes manifestations en 2014 avaient fait 43 morts officiellement, l’impasse politique fait craindre que la situation dégénère dans la rue. Le Venezuela a connu trois tentatives de coup d’Etat depuis 1992.
Mardi, fait devenu assez rare ces derniers mois, un manifestant à Caracas a reçu une balle dans la jambe, sans que l’origine du tir ait été déterminé. Les heurts entre antichavistes et policiers, à coup de bombes lacrymogènes et jets d’eau, ont fait selon l’opposition une cinquantaine de blessés.
- Fissures –
Autre signe de la crispation ambiante, mercredi à San Cristobal (ouest), une manifestation a fait une douzaine de blessés lors d’affrontements entre étudiants et forces de l’ordre, a constaté un journaliste de l’AFP.
Jeudi, les antichavistes traverseront la capitale en divers points, de l’autoroute principale de Caracas au quartier cossu d’Altamira.
Du côté du Parlement ce sont les partisans de Maduro qui défileront pour dénoncer le “coup d’Etat parlementaire” fomenté selon eux par les députés en voulant écarter les juges de la Cour suprême.
“Vous pouvez crier fort ou pas, être violents, appeler à des manifestations violentes ou à liquider des magistrats, mais vous ne pouvez par les destituer sans violer la Constitution”, a lancé mercredi le chef du groupe chaviste à l’Assemblée, Héctor Rodriguez.
Mais dans le clan Maduro, les premières fissures sont apparues la semaine dernière, quand Luisa Ortega, chef du parquet au niveau national – considérée comme affiliée au camp présidentiel -, a osé dénoncer à voix haute une “rupture de l’ordre constitutionnel”.
“Maduro ne peut pas dire maintenant qu’il est sûr de tous les soutiens qu’il a dans la structure du pouvoir, y compris dans les forces armées”, son allié traditionnel, observe le politologue Luis Salamanca.
Très impopulaire en raison de la crise économique, le chef de l’Etat de 54 ans refuse d’organiser des élections anticipées comme l’exige l’opposition et entend rester au pouvoir jusqu’au prochain scrutin, en décembre 2018.
Mais il est soumis à une importante pression internationale, le coup de force de la Cour suprême ayant provoqué une pluie de critiques, des Etats-Unis, de l’Union européenne, de l’ONU et d’une dizaine de pays d’Amérique latine.
Lundi, l’Organisation des Etats américains (OEA) a d’ailleurs dénoncé la “grave altération” de l’“ordre démocratique” au Venezuela.
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