Nouvelle rixe au Parlement en Turquie, des députées blessées
La rixe s`est produite après qu`une élue indépendante, Aylin Nazliaka, se fut menottée au micro de la tribune de l`hémicycle pendant plus d`une heure pour protester contre le projet de réforme constitutionnelle élargissant les prérogatives présidentielles, examiné en seconde lecture par le Parlement. "Je m`enchaîne au pupitre pour dire non au diktat d`un seul homme, m`opposer à l`anéantissement des valeurs républicaines et protester contre le menottage du Parlement avec cette révision constitutionnelle", a-t-elle déclaré.
Des députées de l`AKP ont alors tenté de la déloger manu militari, mais ont rencontré l`opposition d`élues des formations d`opposition CHP et HDP, selon les médias turcs. Des coups de poing et de pied ont été échangés. Une élue du CHP en chaise roulante, Safak Pavey, équipée de prothèses à un bras et à une jambe, a été projetée au sol avant d`être évacuée par des collègues, selon le quotidien Hürriyet. "Elles nous ont attaquées, on aurait dit qu`elles avaient perdu la tête. Cette agression laisse entrevoir ce qui nous attend une fois que la (réforme de la) Constitution sera passée", a déclaré Mme Pavey, citée par Hürriyet.
Le projet de réforme, qui vise à instaurer un système présidentiel dans lequel le chef de l`Etat serait l`unique tête de l`exécutif, déchaîne les passions dans un pays polarisé autour de la figure du président Erdogan. Son examen en première lecture, la semaine dernière, avait déjà donné lieu à de violents affrontements: un député a eu le nez cassé, un autre a affirmé avoir été mordu au tibia.
Sur les 18 articles que compte le projet de réforme, sept ont été approuvés à la majorité requise des trois cinquièmes en seconde lecture. S`ils sont tous validés, les députés voteront ensuite une dernière fois sur l`ensemble du texte, qui sera soumis à référendum au printemps s`il récolte les voix nécessaires. Cette réforme, présentée par la majorité comme essentielle pour garantir la stabilité au sommet de l`Etat, est largement décriée par l`opposition qui y voit une dérive autoritaire supplémentaire de M. Erdogan.
Aux termes de la réforme constitutionnelle, celui-ci pourrait en théorie se maintenir au pouvoir jusqu`à au moins 2029 et pourrait, entre autres, nommer ou limoger les ministres ainsi qu`un, voire plusieurs, vice-présidents. Il pourra également intervenir directement dans le domaine judiciaire et promulguer des décrets.






