La vodka du pauvre, un parfum de mort en Sibérie
Lave-vitre.
«C’est une épouvantable tragédie. Il est terriblement regrettable que les organes chargés de suivre ces affaires n’aient pas pu l’empêcher», s’est emporté mercredi le président Vladimir Poutine. Il a exigé une réglementation plus ferme pour les produits contenant de l’alcool, et a demandé au gouvernement de proposer une loi.
De tels drames surviennent régulièrement, à une échelle moindre : quand le culte russe des libations se conjugue à la pauvreté, tout fait l’affaire. Des produits détournés tels que le lave-vitre, l’antigel ou l’eau de Cologne bon marché, ou des gnôles fabriquées sans aucun contrôle sanitaire, dans des distilleries artisanales régulièrement démantelées par la police. La lutte contre l’alcool clandestin répond à des préoccupations de santé publique, mais plus encore à un impératif fiscal : le tord-boyaux vendu sous le comptoir échappe à la taxe d’Etat, matérialisée par un timbre collé sur chaque bouteille.
Le recours au marché noir est lié à l’augmentation des taxes sur la vodka, et aux restrictions adoptées pour lutter contre l’alcoolisme : les spiritueux ne sont plus vendus dans les kiosques, ni la nuit. Interrogé par l’AFP, le spécialiste des questions d’alcool Vadim Drobiz estime à 50 % la part du marché noir dans le commerce des alcools forts, un chiffre en hausse en raison des succès de la lutte contre la distillation clandestine. Selon lui, il sera cependant difficile de faire mieux, car 25 millions de Russes ont des revenus insuffisants pour s’approvisionner par les circuits légaux.
Vin de riz.
L’alcool de contrebande, et les risques sanitaires qu’il fait encourir aux plus pauvres, est un fléau planétaire. En Inde, les scandales sont récurrents. En juillet, une vingtaine d’ouvriers sont morts dans l’Uttar-Pradesh après avoir bu une boisson locale. Les trafiquants en avaient fait grimper le degré d’alcool en ajoutant du méthanol obtenu par distillation du bois. Au Cambodge, en novembre, 80 villageois ont été hospitalisés après avoir ingéré du vin de riz artisanal. Quinze d’entre eux sont décédés. Le même mois, dans l’est du Cameroun, 27 personnes sont mortes après avoir consommé de l’odontol, ou «gin africain», une liqueur obtenue en faisant fermenter du maïs, du sucre et des écorces d’arbre. Si la distillation, qui sépare l’éthanol du méthanol, n’est pas correctement réalisée, l’odontol se transforme en breuvage mortifère.
Libération






