Après Hiroshima, Obama et Abe à Pearl Harbor

  24 Décembre 2016    Lu: 815
Après Hiroshima, Obama et Abe à Pearl Harbor
Pour les deux dirigeants, il s`agit de solder un passer douloureux et de célébrer la solidité de leur alliance.
Deux lieux de mémoire douloureux, deux visites historiques chargées en symboles: sept mois après le déplacement de Barack Obama à Hiroshima, Shinzo Abe se rend à Pearl Harbor pour louer la force de l`alliance Tokyo-Washington.

Le président américain y voit la puissante illustration du «pouvoir de la réconciliation» entre deux pays jadis «adversaires acharnés». Le Premier ministre japonais se dit convaincu que cette image peut être source d`espoir pour le monde.

Les deux dirigeants se retrouveront mardi à Honolulu, à Hawaï, au milieu du Pacifique, à quelque 4.000 km de la Californie et 6.500 km de l`archipel nippon. Pour Barack Obama, sur le départ, le «50e Etat» a une résonance particulière: c`est là où il est né et a vécu l`essentiel de son enfance et de son adolescence.

Ils se rendront ensemble au mémorial USS Arizona, 75 ans après l`offensive surprise de l`aviation japonaise qui allait précipiter l`entrée des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale.

«Jour d`infamie»

Evoquant cette attaque du 7 décembre 1941, planifiée par le général Isoroku Yamamoto, Franklin D. Roosevelt parlera d`un «jour d`infamie».

Sur les quelque 2.400 Américains qui ont péri à Pearl Harbor, près de la moitié sont morts en quelques secondes à bord de l`USS Arizona lorsqu`une bombe a fait sauter le dépôt de munitions du navire.

Comme pour Barack Obama en mai à Hiroshima, l`objectif n`est pas pour Shinzo Abe de revisiter des décisions prises il y a trois quarts de siècle ou de présenter des excuses. Mais de rendre hommage aux victimes, encourager une réflexion sur l`Histoire et se tourner vers l`avenir.

«C`est en quelque sorte un épilogue à la conversation entre les deux pays sur le passé et sur la guerre», estime Sheila Smith, du Council on Foreign Relations. Et cela envoie un message sur la réconciliation «qui est important pour la région».

400`000 américains tués

En mai, lors d`un discours prononcé dans un impressionnant silence, M. Obama avait lancé un vibrant plaidoyer pour un monde sans arme nucléaire. «Nous connaissons la douleur de la guerre. Ayons le courage, ensemble, de répandre la paix», avait-il écrit sur le livre d`or en partant.

Plus de 16 millions d`Américains ont servi sous l`uniforme de 1941 à 1945. Plus de 400.000 ont été tués.

Pearl Harbor et Hiroshima, qui marquèrent le début et la fin de l`affrontement entre les Etats-Unis et le Japon impérial, sont deux événements très différents par nature: impossible de comparer l`attaque d`une base navale avec l`utilisation du feu nucléaire par lequel périrent des dizaines de milliers de civils.

Mais ils ont, respectivement, dans chacun des deux anciens pays rivaux, marqué durablement les esprits, et sont devenus des lieux de souvenir à part.

Sobre, épuré, le mémorial USS Arizona, qui attire près de deux millions de visiteurs chaque année, est un bâtiment blanc construit juste au-dessus de l`épave de l`énorme cuirassé éponyme qui affleure à la surface.

Relief particulier

La rencontre prendra un relief particulier, à moins de quatre semaines de l`arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui envoie depuis des mois des signaux confus -et parfois contradictoires- sur l`orientation qu`il souhaite donner à la diplomatie américaine en Asie.

Pour Mireya Solis, de la Brookings Institution à Washington, Barack Obama et Shinzo Abe entendent, avec cette rencontre dans un lieu chargé d`Histoire, envoyer au prochain locataire de la Maison Blanche «un message fort sur la solidité de l`alliance USA-Japon».

Durant la campagne, le républicain avait promis de renégocier le financement des quelque 50.000 soldats américains stationnés sur l`archipel.

Il s`était aussi prononcé contre l`accord de libre-échange transpacifique (TPP), dont M. Abe est un fervent défenseur et qui a été conçu pour éviter que Pékin ne fixe, seul, les règles du jeu économique dans la région.

Piques de Trump

Il avait enfin laissé entendre qu`il avait peu goûté le déplacement historique de Barack Obama à Hiroshima. «Lorsqu`il est au Japon, le président Obama évoque-t-il l`attaque sournoise de Pearl Harbor ? Des milliers de vies américaines perdues», avait-il tweeté au moment de la visite.

Depuis son élection le 8 novembre, le tribun populiste a cependant tu ses critiques envers Tokyo, réservant ses piques les plus acérées -et les plus imprévisibles- au grand rival chinois.

M. Abe fut le premier dirigeant étranger à le rencontrer dans la «Trump Tower» à New York, après son élection.

«La politique étrangère de Donald Trump est une grande inconnue. Difficile de faire des prédictions, mais je pense que la relation Etats-Unis-Japon restera très forte», estime Jon Davidann, historien à Hawaï Pacific University.

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