Des sans-abri de Los Angeles courent pour un nouveau départ

  20 Décembre 2016    Lu: 664
Des sans-abri de Los Angeles courent pour un nouveau départ
Le jour se lève sur Los Angeles lorsqu`un petit groupe d`hommes et femmes se lance dans un jogging de près de 10 kilomètres depuis Skid Row, grand quartier de sans-abri de la métropole californienne.
Ils font partie des Midnight Runners, une équipe de joggeurs pas comme les autres, formée essentiellement d`ex-drogués et de SDF qui tentent de prendre un nouveau départ.

Ils traversent au pas de course les rues aux scènes éprouvantes de Skid Row, un quartier d`une cinquantaine de pâtés de maisons dans le c?ur historique de la ville où vivent 6.000 personnes dans des tentes ou à même le sol: la plus forte concentration de sans-abri du pays.

"C`est comme une piqûre de rappel pour me souvenir de ce que pourrait être ma vie si je continue à prendre de mauvaises décisions", raconte Kenneth Collins, 35 ans, un ex-drogué qui s`est retrouvé à la rue à maintes reprises au cours des 16 années passées.

D`après l`Autorité des services pour sans-abri de Los Angeles, la ville et son agglomération comptent près de 47.000 sans-abri, dont la grande majorité n`a pas accès à des logements d`urgence. Depuis la crise financière et face à une flambée immobilière, leur nombre dans la métropole californienne ne cesse de croître et la ville ne parvient pour l`instant pas à enrayer cette crise.

- Jogging au Ghana, en Italie, au Vietnam... -

Pour certains de ces SDF, Midnight Runners offre une échappée thérapeutique. Le club a été fondé par un juge, Craig Mitchell, lui-même joggeur passionné quand il ne statue pas sur des affaires de viol ou de meurtre.

Il raconte à l`AFP avoir eu l`idée d`un tel club après avoir été invité par un homme qu`il avait jadis envoyé en prison à visiter la Midnight Mission, un centre de réinsertion pour SDF installé à Skid Row.

"Ils m`ont demandé comment je pouvais les aider et j`ai répondu +Que penseriez-vous d`un club de jogging?+", explique ce juge de 60 ans, en chemise, short et baskets.

En cinq ans, des dizaines de personnes ont rejoint l`équipe, qui a participé à des marathons du Ghana à l`Italie en passant par le Vietnam.

Elle s`entraîne à présent pour une course à Jérusalem.

Michael Mitts espère bien y participer. Cet homme de 47 ans, qui dormait sous des ponts, au bord des rivières ou dans la rue jusqu`à ce qu`il intègre la Midnight Mission en juin, confie avoir eu "une enfance très dure" et s`être retrouvé "dans la rue à 18 ans".

"Non seulement le jogging aide à se débarrasser du stress mais on trouve ici quelqu`un qui s`intéresse à nous suffisamment pour nous donner de son temps et courir avec nous", dit-il du juge. "C`est assez génial".

Les voyages à l`étranger sont financés par des donations et par le juge lui-même, qui n`hésite pas à payer de ses deniers des paires de baskets pour certains membres de cette équipe de 20 à 25 personnes, qui compte aussi un procureur, un avocat général et un dirigeant de studio de cinéma.

`Amis pour la vie`

Le juge Craig Mitchell explique que, s`il fait office de mentor pour beaucoup de membres de cette équipe atypique, les sans-abri ont, eux, donné du sens à sa vie. "Ce sont des gens qui, je pense, seront des amis pour le restant de mes jours", estime-t-il.

"Les plus beaux moments sont quand ils me serrent dans leurs bras en me disant quelque chose que je n`entends pas assez de la part de mes propres enfants: +Vous savez, juge Mitchell, je vous aime vraiment+", poursuit-il.

S`il est conscient que certains de "ses" joggeurs se retrouveront peut-être à nouveau dans la rue ou parfois dans un box d`accusé, il pense que ce n`est pas une raison pour cesser de croire en eux.

"Tout ceux qui travaillent avec des gens tentant de sortir de la drogue ou de la rue le savent: la majorité d`entre eux n`y parvient pas". Mais "après plusieurs échecs, il viendra bien un moment où ils vont comprendre", assure-t-il.

"Je n`aurais jamais rêvé (...) de courir un jour un marathon au Vietnam, et encore moins avec un juge", sourit David Noriega, qui a rejoint l`équipe l`an dernier alors qu`il tentait de se débarrasser de l`alcoolisme qui l`avait conduit à la criminalité, l`extrême pauvreté et la prison.

Les yeux embués de larmes, ce quinquagénaire ajoute: "Quand je suis rentré du Vietnam cet été, mes enfants n`avaient plus honte de m`appeler papa".

Agence France-Presse

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