Scandale de corruption: les patrons sur la sellette

  06 Décembre 2016    Lu: 1085
Scandale de corruption: les patrons sur la sellette
Les affaires qui atteignent la présidente prennent de l`ampleur et l`élite économique est touchée.
es capitaines d`industrie sud-coréens, d`ordinaire réticents à toute publicité, affrontaient mardi leur pire cauchemar dans le scandale de corruption retentissant qui secoue le pays: être entendus devant des millions de téléspectateurs.

Les huit plus grands patrons du pays étaient interrogés sans merci par une commission d`enquête parlementaire sur les donations faites à deux fondations douteuses contrôlées par Choi Soo-Sil, amie proche de la présidente Park Geun-Hye.

Mme Choi attend son procès pour extorsion et abus de pouvoir. Mme Park affronte vendredi une motion de destitution qui semble assurée d`être votée, plus de 30 députés rebelles de son propre parti conservateur -- le Saenuri -- étant désormais favorables au texte.

Surnommée «Raspoutine» par la presse, Mme Choi est accusée d`avoir utilisé ses relations d`amitié avec la présidente pour forcer les groupes industriels à verser de l`argent aux fondations en question, et de s`être servie de ces dernières comme son tiroir-caisse personnel. La présidente est suspectée de complicité.

Who`s who de l`élite

Les auditions sont diffusées en direct par les principales chaînes sud-coréennes, moments très inconfortables pour des chefs d`entreprise qui n`ont pas l`habitude de répondre aux questions ou de se justifier.

La liste des témoins fait figure de who`s who de l`élite entrepreneuriale: y figurent le vice-président de Samsung Electronics et héritier présomptif de l`empire Samsung, Lee Jae-Yong, le président de Hyundai Motors Chung Mong-Koo et celui de Lotte Shin Dong-Bin.

Leurs conglomérats familiaux géants, les fameux «chaebols», dominent depuis des décennies la marche d`une économie portée par les exportations, la quatrième d`Asie.

Devant la commission d`enquête, Lee Jae-Yong semblait très mal à l`aise, cherchant à détourner les questions sur les liens entre Samsung et la famille de Mme Choi, énonçant des regrets généraux lors de réponses toutes faites.

Samsung très impliqué

«J`ai tant de faiblesses et Samsung a des choses à corriger», a-t-il répondu comme on lui demandait s`il était d`accord pour considérer que les «chaebols» étaient entrés en collusion avec la confidente de l`ombre, en connaissance de cause.

«Cette crise m`a fait prendre conscience que nous avons besoin de changer pour répondre aux attentes du public», a-t-il dit, ignorant un député qui lui demandait sans cesse: «Répondez à la question!»

Plus grand conglomérat du pays, Samsung est celui qui a ouvert le plus grand les cordons de sa bourse en donnant aux fondations de Mme Choi 20 milliards de wons (17 millions de dollars), suivi par Hyundai, SK, LG et Lotte.

Samsung est en outre soupçonné par le parquet sud-coréen d`avoir financé à hauteur de plusieurs millions d`euros la formation équestre de la fille de Mme Choi en Allemagne.

La commission d`enquête cherche principalement à savoir si des services ont été rendus en échange de l`argent versé.

Pression

Samsung reçoit de nombreuses demandes de financements, a dit M. Lee. «Mais nous n`apportons jamais notre soutien ou nos financements en échange de quelque chose».

Du côté de l`enquête judiciaire, le parquet veut aussi savoir si Samsung a fait pression sur le gouvernement pour obtenir le soutien de la Caisse nationale de retraite lors d`une fusion controversée en 2015.

La Caisse de retraite, qui est le principal actionnaire de nombreuses sociétés du groupe Samsung, avait donné un feu vert décisif à cette fusion de deux de ses unités, opération qui avait renforcé le contrôle de Lee Jae-Yong sur Samsung Electronics, navire amiral de l`empire.

Le seul précédent à ces auditions date de 1988, un an après le retour de la démocratie présidentielle après des décennies de règne militaire. Les patrons de «chaebols» avaient alors été interrogés par les députés sur des dons à une autre fondation créée essentiellement pour servir de caisse noire à l`ancien homme fort Chun Doo-Hwan.

Exutoire

Le scandale actuel a mis en lumière l`écart croissant des niveaux de richesses en Corée du Sud et le ressentiment de l`opinion quant à la vie dorée des privilégiés, politiques ou élite entrepreneuriale.

Devant l`Assemblée nationale, des manifestants ont accueilli les capitaines d`industrie aux cris de «Enfermez-les!».

«Il est extrêmement rare que ces gens soient exposés au regard du public de cette manière», a commenté Chung Sun-Sup, président de Chaebol.com, un site de surveillance du comportement des entreprises. «Les gens les détestent à cause de leur conduite et leur envient leur richesse. Pour beaucoup, voir le Parlement les cuisiner est une forme d`exutoire».

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