Ces fermetures ont été favorisées par l`article 8 de la loi de 1955 sur l`état d`urgence, qui vise «en particulier des lieux de culte au sein desquels sont tenus des propos constituant une provocation à la haine ou à la violence ou une provocation à la commission d`actes de terrorisme ou faisant l`apologie de tels actes».
Ces fermetures sont «provisoires», le temps de l`état d`urgence. Lagny (Seine-et-Marne) est emblématique, puisque l`association gérant la mosquée perquisitionnée et fermée le 2 décembre a été dissoute en Conseil des ministres le 13 janvier - une première -, de même que les deux associations qui l`avaient précédée.
En dehors du cadre de l`état d`urgence, les préfets peuvent agir en utilisant la réglementation sur les établissements recevant du public (conditions sanitaires, de sécurité...) et la lutte anti-fraude. Mais les autorités avancent avec prudence, sous le contrôle du juge administratif, sur ces questions ayant trait à la liberté de culte.
120 lieux salafistes
Selon des sources proches du renseignement, la France compte environ 120 mosquées et salles de prière - sur 2500 lieux de culte musulman - salafistes ou sous influence du salafisme, courant fondamentaliste sunnite. Pourquoi ne pas les fermer toutes, comme l`ont réclamé des élus de droite et d`extrême droite ?
«Le salafisme ordinaire, quiétiste, diffère du djihadisme, même s`il y a de la porosité entre les deux», explique Bernard Godard, ancien spécialiste de l`islam au bureau central des cultes. «Il faut vraiment que des faits (détention d`armes notamment), des propos (incitation au djihad...) soient avérés. Mais c`est compliqué : quand des associations salafistes penchent vers le djihadisme, elles ne l`expriment pas, elles s`auto-limitent».
La plupart des associations visées contestent en justice les motifs invoqués en vue de la fermeture. Ainsi d`une mosquée d`Ecquevilly (Yvelines), fermée le 2 novembre. Devant le tribunal administratif, la représentante du ministère de l`Intérieur a décrit, derrière une «vitrine propre», «un message insidieux, subliminal, qui instille l`idée dans la communauté que, finalement, les attentats sont tolérables».
«Ses responsables assument d`être salafi, contre Daech et contre toute dérive vers cette tendance. Cela a le mérite d`être clair. Le problème, c`est que ce n`est pas suffisant pour qu`ils puissent rester ouverts», regrette M`hammed Henniche, secrétaire général de l`Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis.
Comité provisoire de gestion?
Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Anouar Kbibech, estime que «si un imam ou un responsable de mosquée se rend coupable d`appels à la haine, ou de tout autre propos tombant sous le coup de la loi, les autorités doivent faire leur travail, dans le respect de l`état de droit».
Mais il souhaite que des «solutions alternatives» soient proposées, alors que le culte musulman manque déjà de lieux. Manière d`éviter, comme à Lagny, les prières de rue (notre photo AFP ci-dessous).
Pour le président de l`Observatoire contre l`islamophobie au CFCM, Abdallah Zekri, il faudrait mettre en place un «comité provisoire de gestion» de la mosquée en attente d`une décision de justice puis, si sa fermeture est confirmée, donner mandat au Conseil régional du culte musulman (CRCM) de constituer un nouveau bureau gérant le lieu. En s`inspirant de l`expérience de L`Arbresle (Rhône), où le CRCM et les pouvoirs publics ont travaillé ensemble à la création d`une nouvelle association.
«Ce n`est pas aux fidèles de payer les errements de quelques-uns», souligne ce délégué de la grande mosquée de Paris.
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