Un squelette de dinosaure va être vendu aux enchères - PHOTO
Kan – c’est son nom – est sans doute l’objet le plus curieux et le plus improbable qu’a jamais eu à vendre la maison Aguttes, à Lyon. Pour le moment, ce squelette d’Allosaurus est exposé en position de course et la gueule grande ouverte dans le hall de l’ancienne gare des Brotteaux de Lyon. Ce spécimen de la famille des théropodes est vieux de 135 à 153 millions d’années. Au sommet de la chaîne alimentaire à la période du Jurassique, le prédateur était particulièrement bien équipé pour chasser et engloutir des dinosaures herbivores de grandes tailles.
À 75 % complet
Propriété d’un collectionneur privé qui a souhaité rester anonyme, le squelette de Kan a été découvert en 2010, par des paléontologues américains dans le Wyoming, aux États-Unis. Les scientifiques ont mis deux ans à l’exhumer et à assembler l’ossature. Kan (qui signifie chef, en mongol), a été vendu à d’autres paléontologues qui l’ont exposé à Bologne, en Italie l’année dernière.
L’état de son squelette est remarquable. Il est complet à 75 %, ce qui est très rare. Le crâne est complet « à 98 %, avec les dents d’origine et toutes accrochées à la mâchoire », indique la maison de vente Aguttes. Il fait partie des cinq crânes les mieux préservés au monde, « une mine pour les scientifiques qui y voient l’occasion de faire progresser la connaissance ». La vraie tête du dinosaure est d’ailleurs conservée dans une vitrine à part, pour la préserver de tout accident.
C’est seulement la deuxième fois, en Europe, qu’un grand dinosaure carnivore est proposé à la vente. Ces spécimens, beaucoup plus rares que leurs congénères herbivores, sont aussi moins nombreux à s’exposer dans les musées. « Il n’y a presque aucun véritable Allosaurus dans les musées français, en dehors de celui du Muséum d’histoire naturelle de Paris, la plupart sont représentés par des moulages », précise la maison Aguttes.
Un musée normand intéressé
Le prix s’en ressent forcément. Kan est estimé entre 800 000 et 900 000 €, mais les enchères pourraient bien s’emballer. Le premier squelette de dinosaure carnivore a avoir été vendu, en 2010, chez Sotheby’s est parti pour 1,3 million d’euros. En revanche, en 2011, trois squelettes de dinosaures rares présentés chez Sotheby’s Paris, n’avaient pas trouvé preneurs. Dans le lot, un impressionnant Prosaurolophus maximus de plus de onze mètres était estimé entre 1,2 et 1,5 million d’euros.
Difficile alors pour les musées d’acquérir de tels objets. Pour les financer, les musées ont généralement recours à des mécènes. Deux musées français sont intéressés par Kan, dont le Paléospace de Villers-sur-Mer, en Normandie. La vente aux enchères du dinosaure devait avoir lieu en septembre. Elle a été reportée de trois mois et aura lieu le 10 décembre afin de laisser le temps au musée normand de lancer une campagne de mécénat pour réunir les fonds. Un intérêt justifié : la maison Aguttes s’en est assurée, Kan est totalement en règle avec la législation de l’Unesco dont l’objectif est de lutter contre les trafics de fossiles.
Ouest-France