Lutte antiterroriste: les nouveaux cerveaux du renseignement français
Pour lutter contre le terrorisme et la radicalisation violente, les services de renseignement intérieur ont décidé de faire appel plus massivement à des sociologues, des psychologues, des analystes. La DGSI va puiser, comme le fait déjà la DGSE - renseignement extérieur, de nouvelles recrues dans les écoles les plus prestigieuses du pays.
Le ministère de l’Intérieur s’est beaucoup trop coupé du monde de la recherche, de l’université, au cours des 10 dernières années.
Ce constat, c’est le ministre Bernard Cazeneuve qui le fait sur l’antenne de France Inter le 14 septembre 2016.
Les attentats de Toulouse, de Charlie Hebdo, du 13 novembre ou encore celui de Nice : après chaque attaque terroriste, ces mêmes questions reviennent. Comment de jeunes Français ont pu se radicaliser, partir en Syrie pour certains, préparer puis commettre de telles attaques sans être repérés par nos services de renseignement ? Si ces attentats n’ont pu être déjoués, n’est-ce pas parce que nos services sont mauvais ?
Cela peut paraître paradoxal, mais les services de renseignement sont de plus en plus performants dans la collecte d’informations. Avec l’utilisation des nouveaux moyens de communication, les possibilités techniques de surveillance, les écoutes, le nombre de renseignements qui remonte dans les services a explosé. Le nombre d’individus surveillé ne cesse de croître – ce qui permet de générer plus de renseignements. Environ 5600 personnes sont surveillées en France pour leur radicalisation, et parmi elles, 2000 seraient directement liées au djihad. Après chaque attentat, on s’aperçoit que la plupart des terroristes étaient connus des services de police. Selon le criminologue Alain Bauer, ce qui pêche, ce n’est pas la collecte de l’information, mais le traitement, l’analyse de cette information.
« Sur le 7 janvier, poursuit Alain Bauer, on a les frères Kouachi d’un côté et Amedy Coulibaly de l’autre. Les frères Kouachi sont identifiés, repérés, suivis, écoutés par les services de police qui, donc, essayent de faire leur travail, et ils enfument les policiers. Ce n’est pas la même chose lorsqu’on essaye et qu’on ne réussit pas et lorsqu’on n’essaye même pas. Mais, Amedy Coulibaly, lui, n’est pas connu, il est célèbre ! Il est le patron de son « gang » à la Grande-Borne, il est le patron de sa tôle à Fleury-Merogis, il reçoit les journalistes, il fait un documentaire. Il est aussi l’artificier du groupe Belkacem. Un artificier dans un groupe terroriste, il n’amène pas le café, il ne fait pas le ménage… C’est le numéro un ou le numéro deux du groupe. Amedy Coulibaly sort de prison et personne ne le regarde. Il n’a même pas besoin de se cacher, personne ne s’occupe de lui. Pourtant, dès qu’il est identifié, grâce à une trace ADN, on découvre tout d’un coup un dossier tellement énorme qu’on se demande même comment il n’aurait pas dû être au-dessus de la pile, clignotant et fluo la nuit ? C’est ça le souci essentiel »






