Le destin tragique d`Ernst Lossa, euthanasié à 14 ans sous le troisième Reich

  06 Octobre 2016    Lu: 709
Le destin tragique d`Ernst Lossa, euthanasié à 14 ans sous le troisième Reich
Ce jeune orphelin fait partie des 10.000 enfants euthanasiés par les nazis.
Le soir du 8 août 1944, une infirmière lui a injecté une dose mortelle de somnifère. Ernst Lossa, 14 ans, s`est battu pendant des heures contre la mort. Selon le certificat de décès établi par l`établissement psychiatrique de Kaufbeuren, il ne serait décédé que le lendemain, dans l`après-midi. Soit-disant d`une «pneumonie».

Ernst Lossa fait partie des 2.400 patients qui ont été assassinés dans cet établissement de soins bavarois sous le troisième Reich, dans le cadre du programme d`euthanasie mis en place par les nazis pour éliminer les malades et les handicapés, considérés alors comme des «mangeurs inutiles», rappelle Der Spiegel, à l`occasion de la sortie en salles, le 19 septembre 2016, du film Nebel im August en Allemagne, qui retrace le destin tragique du garçon.

À l`automne 1939, Adolf Hitler a ordonné dans une lettre que «l`euthanasie soit accordée aux malades incurables». «C`est le seul document connu, signé de la main d`Hitler, dans lequel le massacre de masse d`une minorité est légitimé», note l`hebdomadaire. Environ 200.000 malades et handicapés ont été assassinés à cette époque sous couvert d`alléger leurs souffrances, parmi lesquels environ 10.000 enfants, comme le rappelait le quotidien Die Welt en 2012 à l`occasion d`une exposition dédiée aux mineurs euthanasiés sous le régime nazi.

Début 1941, l`«Aktion T4», lancée dans le plus grand secret par les nazis lors d`une réunion ayant eu lieu à Berlin au numéro 4 de la Tiergartenstrasse, avait visiblement déjà porté ses fruits, comme le notait Joseph Goebbels dans son journal intime au sujet de la liquidation des malades mentaux:

«40.000 sont partis, 60.000 doivent partir. C`est un travail difficile, mais nécessaire.»

Les malades et les handicapés étaient alors envoyés par convois dans les chambres à gaz.
Ces allées et venues n`ont pas tardé à alerter les opposants au régime nazi, et en particulier l`église allemande, qui dénonça publiquement ces assassinats des plus faibles. Pour faire taire les critiques, les nazis suspendirent le programme «T4» et chargèrent dès lors les établissements de soins de s`occuper eux-mêmes de faire disparaître leurs patients, de la manière la plus discrète possible. Sans oublier d`envoyer cerveaux et autres organes prélevés pendant les simulacres d`autopsies aux médecins du Reich.

«Il a essayé d`aider les autres patients»

Ernst Lossa était en bonne santé. Né à Augsburg en 1929 dans une famille appartenant à la communauté yéniche, le garçon avait été placé avec ses deux sœurs dans un orphelinat à l`âge de 10 ans, après que leur père eut été déporté à Dachau, les yéniches étant considérés par les nazis comme des «bâtards tziganes».

Parce qu`il avait commis quelques vols, Ernst Lossa fut envoyé quelques mois plus tard dans une maison de correction à Dachau avant d`être interné, début 1942, à l`établissement psychiatrique de Kaufbeuren, au motif qu`il était un «psychopathe asocial» et qu`à ce titre, il était «inéducable».

Lors qu`il a pris la direction de l`actuelle clinique de Kaufbeuren dans les années 1980, Michael von Cranach a consulté les centaines de dossiers conservés dans les archives de l`établissement, comme il l`explique au Spiegel:

«Le destin de ce garçon m`a immédiatement fasciné. Dans son dossier, il est mentionné à plusieurs reprises qu`il a essayé d`aider les autres patients. Malgré son jeune âge, il avait compris quels étaient les crimes qui ont eu lieu ici.»

Car l`ancien directeur de l`établissement, Valentin Faltlhauser, avait mis au point une méthode qui lui valu les compliments des dignitaires nazis: il faisait servir aux patients une soupe nommée «E-Kost», abréviation pleine de cynisme d`«Entzug-Kost», terme qu`on pourrait traduire par «nourriture de sevrage». Les cuisiniers de l`établissement faisaient cuire des restes de légumes pendant si longtemps que la soupe ainsi obtenue n`avait plus aucune valeur nutritive. Ceux qui en mangeaient s`amaigrissaient donc de jour en jour, jusqu`à mourir d`inanition.

Le dossier médical d`Ernst Lossa ne permet pas de savoir pourquoi la direction de l`établissement a pris la décision d`empoisonner le garçon à l`été 1944. À cette époque, les alliés venaient de débarquer en Normandie. Malgré la capitulation du troisième Reich, l`équipe médicale continua à euthanasier les patients pendant près de deux mois, jusqu`à ce que les soldats américains pénètrent dans l`établissement. Après avoir purgé une peine de quatre ans de prison, l`infirmière puéricultrice qui avait tué Ernst Lossa reprit sa carrière comme si de rien n`était.

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