La mer d`Aral renoue avec la vie

  20 Août 2016    Lu: 16177
La mer d`Aral renoue avec la vie
Asséchée par l`irrigation des cultures de coton, la quatrième plus grande mer intérieure de la planète est en pleine renaissance.
On pensaitque les carottes étaient cuites. Que la mer d`Aral, située à cheval entre le Kazakhstan et l`Ouzbékistan, en Asie centrale, allait être rayée de la carte. Mais non ! Grâce à la mobilisation locale et internationale, la quatrième plus grande mer intérieure de la planète, d`une surface de 67 000 km² — soit deux fois la superficie de la Belgique —, revient à la vie. La végétation reprend peu à peu ses droits sur les steppes sablées, tandis que poissons et oiseaux sont de retour.

Un miracle au vu du désastre écologique qui se jouait. « Dans les années 1950, l`Union soviétique a systématisé la culture du coton dans les cinq Républiques d`Asie centrale : le Kazakhstan, l`Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Turkménistan et le Tadjikistan », détaille Pierre Chevallier, hydrologue à l`Institut de recherche pour le développement. L`idée était de détourner les deux rivières qui alimentent la mer d`Aral, l`Amou Darya au sud et le Syr Darya au nord, pour irriguer les cultures.

Elle avait perdu 75 % de sa surface en cinquante ans



Mais cette stratégie d`aménagement du territoire a déséquilibré la mer, qui n`avait pas de sortie. En cinquante ans, cette dernière a perdu 75 % de sa surface et 90 % de son volume. « Résultat : la concentration en sel a bondi, ce qui a tué toute forme de vie et stérilisé le milieu. » Le nombre de cancers et de maladies du sang au sein de la population locale a explosé. Dans les années 2000, la communauté scientifique, les bailleurs de fonds internationaux et les gouvernements locaux ont donc pris le taureau par les cornes. Un barrage a été construit à l`est de l`île de Kok-Aral, dans la partie nord, afin de gérer le volume d`eau entrant. « On n`a pas cherché à reconstruire la mer d`Aral telle qu`elle existait au début du XXe siècle, mais à reconstituer des plans d`eau plus petits, alimentés par les deux rivières, explique Pierre Chevallier. On a aussi associé la culture du coton à d`autres cultures moins gourmandes en eau. »

Le pari a plutôt bien fonctionné. Pas question cependant de crier victoire. « La mer d`Aral reste basse, et les problèmes de salinisation demeurent. » Mais la réhabilitation est en marche !

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