Le 26 avril 1986, le quatrième réacteur de la centrale de Tchernobyl, situé dans le nord de la république socialiste soviétique d`Ukraine, explose, contaminant une bonne partie de l`Europe. Et dans un rayon de 10 kilomètres autour de la centrale, fermée en 2000, le niveau de radiation atteint toujours 1.700 nanosieverts par heure, un chiffre 10 à 35 fois supérieur à la norme observée aux Etats-Unis.
"Bien sûr que ce territoire n`est pas convenable pour un usage agricole, mais la zone est adaptée pour des projets d`innovation et de recherche", justifie le ministre de l`Ecologie, Ostap Semerak, dans un entretien à l`AFP.
6.000 hectares disponibles
D`ici à la fin de l`année, deux compagnies privées doivent construire deux centrales solaires d`une puissance allant jusqu`à 3 mégawatts chacune. Elles seront installées sur une superficie d`environ 6 hectares.
C`est peu comparé aux quelque 4.000 mégawatts produits par Tchernobyl à l`époque soviétique, mais il est prévu d`installer d`autres panneaux solaires dès 2017.
Les autorités ont indiqué qu`en tout 6.000 hectares situés dans la "zone d`exclusion", qui se situe dans un rayon de 30 kilomètres autour du site accidenté, étaient disponibles pour construire le parc solaire, sans préciser combien d`énergie elles espéraient produire.
Actuellement, environ 50% de l`électricité est produite en Ukraine par des centrales nucléaires et près de 40% par des centrales thermiques, alimentées principalement en charbon. Les installations hydroélectriques fournissent quant à elles près de 7% de l?électricité et les panneaux solaires moins de 1%.
"De nombreuses compagnies internationales sont intéressées par ce projet. Je pense qu`en cas de négociations fructueuses les projets pourront êtres lancés l`année prochaine", se réjouit M. Semerak.
Il estime que les sociétés étrangères seront attirées par la main d`oeuvre qualifiée et par le fait que les terres situées dans la zone de Tchernobyl restent très peu chères, étant donné qu`elles ne peuvent pas être utilisées pour l?agriculture.
Trente ans après la catastrophe, la zone, qui a été abandonnée par ses habitants si ce n`est une centaine de personnes âgées revenues après le drame, s`est d`ailleurs transformée en une réserve unique où prospèrent animaux et flore sauvages.
Le ministre de l`Ecologie a déjà présenté le projet à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). Fin juillet, cette dernière a indiqué qu`elle pourrait "envisager de participer au projet à partir du moment où des propositions d`investissements viables sont faites" et des réponses apportées concernant les risques environnementaux.
`Beaucoup d`argent`
Pour les analystes, le projet paraît "techniquement" viable.
"Les conditions climatiques et la quantité de rayonnement solaire sont meilleures en Ukraine qu`en Allemagne, où l`énergie solaire est très répandue. De ce point de vue, la zone d`exclusion est adaptée à l`énergie solaire", indique Dmytro Loukomski, directeur exécutif de la société ukrainienne Rentechno, spécialisée dans les énergies renouvelables.
De plus, les infrastructures héritées de la centrale accidentée, notamment les lignes à haute tension, sont encore sur place et utilisables, ce qui représente un atout non négligeable.
"C`est un facteur très important, étant donné que l`électricité produite par les parcs solaires doit être transportée aux consommateurs", dit l`expert.
Il ajoute cependant que le projet "va nécessiter beaucoup d`argent". "Si des investisseurs s`impliquent, alors les perspectives sont assez bonnes. Sans investisseurs, les chances de réussite sont maigres", estime-t-il.
Et entre le conflit armé dans l`est rebelle de l`Ukraine, qui a fait plus de 9.500 morts depuis son déclenchement en avril 2014, l`instabilité politique, et surtout la corruption endémique régnant dans le pays, l`Ukraine n`est pas en première ligne pour les investissements.
"En général, le climat (des affaires, ndlr) n`est pas attrayant", résume l`expert en énergie Oleksi Khabatiouk.
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