L’effet Fukushima ne s’est pas estompé

  09 Juin 2016    Lu: 416
L’effet Fukushima ne s’est pas estompé
Selon une étude, à peine 6% des Suisses se déclarent favorables à l’énergie nucléaire. Les experts voient là une conséquence de Fukushima.
Le soleil, le vent et la force hydraulique sont des sources d’énergie très appréciées: d’après une étude réalisée en mai de cette année par l’Université de Saint-Gall portant sur un échantillon de plus de 1000 personnes, plus de 60% des sondés souhaitent la promotion de ces vecteurs d’énergie. A contrario, seuls 6% soutiennent des investissements dans le nucléaire.

«L’effet Fukushima ne s’est apparemment pas estompé au sein de la population», explique l’auteur de l’étude, Rolf Wüstenhagen, professeur en énergies renouvelables. Selon ce sondage, 86% voient le plus grand avantage des énergies renouvelables dans leur contribution à la protection du climat et 62% apprécient leur qualité de source inépuisable.

«Fukushima n’est pas tombé dans l’oubli»

Pour Axel Franzen, sociologue à l’Université de Berne, Fukushima continue de déployer ses effets: «Les catastrophes de Fukushima et de Tchernobyl remontent certes à plusieurs années/décennies, mais elles ne sont pas reléguées aux oubliettes.» L’étude montre que la population suisse est très sensible à la problématique environnementale et qu’elle accueille très favorablement la poursuite de la valorisation et du développement des énergies renouvelables.

Le nucléaire n’a qu’un nombre limité de partisans. Axel Franzen impute aussi ce peu d’enthousiasme aux milliards que coûte le démantèlement des centrales et à la tentative des producteurs d’électricité de faire peser certains de ces coûts sur le contribuable. Cela n’a à coup sûr pas augmenté la popularité de l’énergie nucléaire: «Le risque est tout simplement trop grand et cette prise de conscience est quasi généralisée.»

«Les sources d’énergie renouvelables sont sûres»

L’étude met en évidence un autre argument en faveur des énergies renouvelables: le renforcement de notre indépendance. Pas moins de 92% des personnes sondées trouvent que la Suisse doit couvrir sa consommation d’électricité à partir de sources locales. L’importation d’électricité verte n’est soutenue que par une infime minorité de 1%. «Les sources d’énergie renouvelables sont sûres et permettent une plus grande indépendance à l’égard des grands producteurs d’énergie», affirme Axel Franzen. Elles ouvrent des perspectives intéressantes pour le consommateur. En outre, une majorité de 74% estime que de nouveaux accumulateurs pourraient révolutionner l’approvisionnement électrique.

Au niveau politique, en revanche, l’effet Fukushima est en grande partie retombé: un calendrier contraignant pour la sortie du nucléaire n’est plus d’actualité et les centrales atomiques considérées comme sûres peuvent continuer de fonctionner pour une durée indéterminée. En outre, les objectifs de valorisation et de développement des énergies renouvelables ont été revus à la baisse. 66% des sondés expliquent le décalage entre l’accueil très favorable réservé aux énergies renouvelables et la concrétisation de la transition énergétique par le fait que le lobby de l’énergie bloque la valorisation et le développement des énergies propres.

«Ce n’est pas le résultat d’un lobbying intensif»

Simon Aeschlimann, de l’Action pour une politique énergétique raisonnable en Suisse (AVES), n’est pas d’accord avec cette façon de voir les choses: «Le décalage entre l’opinion publique et le débat parlementaire ne résulte pas d’un travail de lobbying intensif, mais de la différence entre ce qui est souhaitable et ce qui est faisable.» La promotion accrue des énergies renouvelables implique un développement massif des réseaux d’électricité et la mise à disposition de grandes capacités de stockage. «Celles-ci sont nécessaires si l’on entend garder à portée de main, en prévision de l’hiver, l’énergie photovoltaïque excédentaire produite durant l’été», déclare Simon Aeschlimann. La technologie des batteries prônée dans l’étude convient peut-être aux ménages, mais elle n’est d’aucune utilité pour l’approvisionnement de l’industrie et du commerce.

Un autre enseignement de l’étude: un quart des personnes interrogées pourraient envisager d’acquérir une voiture électrique dans les deux prochaines années. Et parmi les jeunes, 41% indiquent que leur premier véhicule pourrait être une voiture électrique. Rolf Wüstenhagen explique: «Les constructeurs automobiles comme Tesla ont réussi à vendre la voiture électrique aux jeunes en la présentant comme un produit cool.»

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