Comment Barack Obama est entré en campagne contre Donald Trump

  31 Mai 2016    Lu: 699
Comment Barack Obama est entré en campagne contre Donald Trump
Discret avant le début des primaires, le président américain sort de plus en plus de sa réserve pour attaquer le probable candidat républicain.
Novembre 2015. La plupart des observateurs pensent encore que l`ascension de Donald Trump peut être contrée, que son investiture n`est pas inévitable. "J`aurais aimé faire campagne contre lui, répond alors Barack Obama, interrogé par le magazine GQ (en anglais). Cela aurait été amusant."

Six mois plus tard, le président américain n`a visiblement plus envie de rire. Les grands dirigeants de ce monde sont "ébranlés" par les propositions de Donald Trump, explique-t-il, en voyage au Japon, jeudi 26 mai : "Nombre de celles qu`il a formulées démontrent soit une ignorance des affaires du monde, soit une attitude cavalière." Barack Obama voit en lui un candidat plus préoccupé par "les tweets et les titres de la presse que par une réflexion en profondeur sur la politique à mettre en œuvre pour assurer la sécurité et la prospérité de l`Amérique et la stabilité du monde".

"Il est profondément conscient des enjeux de l`élection à venir, a expliqué le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest, en conférence de presse, jeudi 12 mai. Je peux vous assurer que dans les mois à venir, le président sera activement impliqué dans ce débat. Et il est impatient d`avoir l`opportunité de s`impliquer plus intensément."

Obama fait de l`humour plutôt que la guerre

Jusqu`à présent, Barack Obama avait laissé à son porte-voix le soin de dégainer les attaques les plus vives, explique CNN (en anglais). Lui se contentait plutôt d`ironiser sur la candidature de Donald Trump. Avant de prononcer son dernier discours sur l`état de l`union face au Congrès, le 13 janvier, il est interrogé par NBC (en anglais) : le milliardaire pourrait-il être à sa place, face au Congrès, l`an prochain ? "Eh bien, je peux l`imaginer, dans un sketch du `Saturday Night Live`", l`émission comique de référence outre-Atlantique, plaisante alors le président.

Lors du dîner des correspondants accrédités à la Maison Blanche, le 30 avril, il ressort l`arme de l`humour. Les adversaires de Donald Trump expliquent qu`il manque d`expérience en politique étrangère ? "Pour être honnête, il a passé des années à rencontrer des leaders du monde entier : Miss Suède, Miss Argentine, Miss Azerbaïdjan", blague Barack Obama, en référence au concours Miss Univers, qui appartenait encore récemment au milliardaire.

Fini de rire

Mais depuis le début des primaires républicaines et les premières victoires de Donald Trump, le discours se fait plus incisif. "Je continue de croire qu`il ne sera pas président, répond-il le 15 février. J`accorde une grande confiance au peuple américain. Je pense qu`ils se rendent compte qu`être président est un travail sérieux, ce n`est pas animer un talk-show ou une émission de télé-réalité. (...) C`est difficile."

"Les Américains sont plutôt sensés, je pense qu`ils feront un choix sensé au bout du compte", se rassure Barack Obama. Pour les aiguiller, il attaque l`homme d`affaires sur l`un de ses points faibles : la politique étrangère. Les leaders des grandes puissances, explique-t-il, doivent avoir confiance dans le fait "que le président connaît les faits, connaît leurs noms, connaît leur position sur une carte, connaît quelque chose de leur histoire".

Celui qui se tient à ma place a les codes nucléaires avec lui, il peut envoyer des jeunes de 21 ans au combat, doit faire en sorte que le système bancaire ne s`effondre pas, et est souvent responsable non seulement des Etats-Unis, mais aussi de vingt autres pays qui ont de gros problèmes.

Barack Obama
le 15 février


Une critique en règle des propositions deTrump

Face aux étudiants de l`université Rutgers, dimanche 15 mai, il se livre finalement à une critique en règle de Donald Trump et de ses propositions. "Dans la politique, comme dans la vie, l`ignorance n`est pas une vertu, lance-t-il alors aux jeunes diplômés. Le monde est plus interconnecté que jamais, et il devient plus connecté chaque jour. Construire des murs ne changera pas cela." Une attaque à peine voilée contre la proposition du milliardaire d`ériger une barrière entre les Etats-Unis et le Mexique, pour éviter l`immigration clandestine.

Plus grave encore à l`entendre, "isoler et dénigrer les musulmans" est une "trahison" des valeurs américaines. Une façon de condamner une autre proposition choc du businessman : empêcher les immigrés musulmans d`entrer dans le pays. "Cela aliénerait les communautés dans notre pays qui sont nos partenaires les plus importants dans le combat contre l`extrémisme violent", conclut Barack Obama. Le tout sans jamais citer nommément Donald Trump, mais impossible de s`y tromper : pour le président américain, la campagne est visiblement lancée.

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