Un journaliste infiltre pendant 6 mois une cellule de Daech
Si les premiers contacts, via des groupes prêchant le djihad sur Facebook, sont faciles, il a fallu ensuite rencontrer en personne celui qui se présentait comme "l`émir" de cette dizaine de jeunes gens, certains musulmans par leur famille, d`autres convertis.
Cela se passe à Châteauroux, dans le parc d`une base de loisir, déserte en hiver. A partir de là, les enregistrements des conversations permettent de comprendre les motivations de ces apprentis-djihadistes qui, bien que connus des services anti-terroristes et pour la plupart surveillés, se rencontrent et complotent.
"Mon but était de tenter de comprendre ce qu`ils ont dans la tête", dit Saïd Ramzi. "Et l`un des enseignements principaux est que je n`ai pas vu d`islam dans toute cette affaire. Aucune volonté de rendre le monde meilleur. Seulement des jeunes paumés, frustrés, perdus, suicidaires, faciles à manipuler. Ils ont eu la malchance d`être nés à cette époque où il y a l`Etat islamique. C`est très triste. Ce sont des jeunes en quête, et c`est ce qu`ils ont trouvé".
Lors de leur première rencontre, l`émir du groupe, un jeune franco-turc qui se fait appeler Oussama, tente de convaincre le journaliste, qu`il ne connait que sous le nom d`Abou Hamza, que le paradis l`attend, à l`issue d`une mission suicide, en Syrie ou en France.
"Vers le paradis, c`est ça le chemin", lui murmure-t-il, avec un constant sourire qui glace le sang. "Viens, frère, on va au paradis. Nos femmes nous y attendent, avec des anges comme serviteurs. Tu auras un palais, un cheval ailé fait d`or et de rubis".
Lors d`une rencontre devant une mosquée de Stain (Seine-Saint-Denis), un membre du groupe montre un avion en approche des pistes du Bourget. "Avec un petit lance-roquette, tu peux en avoir un comme il faut… Tu fais un truc comme ça et tu signes Dawla (l`Etat, pour Daech), la France est traumatisée pendant un siècle".
Les choses s`accélèrent, poursuit l`АFР, quand un certain Abou Souleiman, que le journaliste ne rencontrera jamais, revient de Raqqa, capitale en Syrie de Daech, et lui donne rendez-vous dans une gare RER. Là, une femme en niqab lui remet une lettre dans laquelle un plan d`attaque est décrit: viser une boîte de nuit, tirer "jusqu`à la mort", attendre les forces de l`ordre et actionner des ceintures explosives.
Des membres du groupe à Orléans assurent être parvenus à se procurer une kalachnikov, mais l`étau se resserre. Les premières arrestations ont lieu, les "soldats d`Allah" restaient dans le collimateur de la police. Un membre, plus méfiant qui a échappé au coup de filet, lui envoie un message: "T`es cuit, mec".
"Mon infiltration s`arrête-là", dit le journaliste. Son objectif, "montrer les coulisses d`une organisation qui maîtrise totalement son image", est atteint.






