- Une équipe commune d`enquête -
Créée dans les jours qui ont suivi les attentats de Paris (130 morts), elle rassemble l`ensemble des magistrats et policiers saisis de l`enquête dans les deux pays. Concrètement, elle permet à des enquêteurs français de se déplacer en Belgique pour assister à certains actes diligentés par leurs homologues.
Ils sont notamment présents lors des auditions de Salah Abdeslam, seul survivant des commandos parisiens, interrogé à au moins deux reprises depuis son interpellation à Bruxelles, le 18 mars.
"Ils ne participent pas aux interrogatoires, ils sont là en tant qu`observateurs", explique Carine Couquelet, avocate belge d`Hamza Hattou, l`un des hommes qui a ramené Abdeslam à Bruxelles le lendemain des attaques parisiennes.
Des Français assistent aussi à des perquisitions, comme le 15 mars dans un appartement bruxellois qui a servi de planque à Salah Abdeslam. La perquisition avait dégénéré et quatre enquêteurs, dont une Française, avaient été blessés au cours d`une fusillade.
L`équipe commune permet ainsi aux Français d`avoir accès rapidement aux écoutes téléphoniques, images de vidéosurveillance, ou tout autre scellé saisi par leurs homologues belges.
Des équipes franco-belges travaillent sur quatre autres dossiers terroristes: l`attentat de mai 2014 au Musée juif de Bruxelles, l`attaque ratée d`août 2015 dans un train Thalys Amsterdam-Paris, la filière terroriste démantelée début 2015 à Verviers (est de la Belgique), et un nouveau projet d`attaque en France déjoué fin mars, dans la foulée de celles de Bruxelles.
- Un magistrat de liaison -
Le procureur de Paris, François Molins, s`entretient "plusieurs fois par jour" avec le procureur fédéral belge Frédéric Van Leeuw, selon Sébastien Pietrasanta, député rapporteur d`une commission d`enquête parlementaire française sur les attentats de Paris.
Mais la coopération franco-belge reste pointée du doigt. Pour faire taire les critiques, les deux gouvernements ont annoncé en février la nomination prochaine d`un magistrat de liaison détaché à l`ambassade de France à Bruxelles.
Ce "trait d`union" aura pour mission de "fluidifier l`entraide" et de familiariser les magistrats avec le système judiciaire du pays voisin alors que des différences notables existent, notamment en termes de garde à vue ou de perquisition, ce qui complique le travail des enquêteurs.
- L`échange de renseignements -
Il dépend de la bonne volonté de chaque Etat. "Cela circule plutôt bien. Mais la culture n`est pas à l`ouverture totale", relève Michaël Dantinne, criminologue à l`université de Liège.
"Pour être efficace, il faudrait une plateforme d`échanges au sein des services européens et on en est très loin."
Des spécialistes pointent aussi l`organisation complexe de la collecte de renseignements côté belge: l`existence de 192 forces locales de police et, pour Bruxelles, de 19 communes autonomes, dont celles de Molenbeek, Forest et Schaerbeek au coeur de l`enquête, ne favorise pas le partage des informations.
- Qui va entendre qui? -
De nombreux suspects interpellés en Belgique, aux premiers rangs desquels Salah Abdeslam et Mohamed Abrini, soupçonné d`avoir eu au moins un rôle de logisticien dans les tueries de Paris, intéressent la France.
Mais les attentats de Bruxelles (32 morts) ont compliqué la donne: Abrini a reconnu être "le troisième homme" de l`aéroport de Zaventem et les enquêteurs belges s`interrogent sur le rôle qu`aurait pu jouer Salah Abdeslam s`il n`avait pas été arrêté quatre jours plus tôt.
"On travaille pour savoir qui va récupérer qui", relève une source proche du dossier.
Trois scénarios sont envisagés. D`abord une remise différée, comme cela devrait être le cas pour Salah Abdeslam, qui devrait être transféré définitivement en France une fois que les Belges l`auront entendu.
Pour les autres suspects, des remises temporaires peuvent être envisagées. "On va les limiter au maximum car des allers-retours entre pays posent des problèmes de sécurité", explique une source proche de l`enquête.
Troisième hypothèse, les Belges peuvent également proposer aux juges français de se déplacer chez eux pour les interroger.
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