Pérou: libérer Alberto Fujimori, une question qui divise le pays

  14 Avril 2016    Lu: 844
Pérou: libérer Alberto Fujimori, une question qui divise le pays
Il purge 25 ans de prison pour crimes contre l`humanité mais ...
Il purge 25 ans de prison pour crimes contre l`humanité mais certains souhaitent le voir dehors : l`éventuelle remise en liberté d`Alberto Fujimori, ex-homme fort du Pérou, est la question polémique de la campagne pour le second tour de l`élection présidentielle.

«Le président (Alberto) Fujimori doit sortir par la grande porte et la justice doit annuler ce jugement», a affirmé lundi soir, dans un programme de télévision, la parlementaire Cecilia Chacon, du parti Fuerza Popular de Keiko Fujimori, fille de l`ancien mandataire.

Keiko Fujimori, 40 ans, a remporté dimanche une double victoire, arrivant largement en tête du premier tour de la présidentielle avec 39,91% des voix, selon des résultats officiels quasi-définitifs, et raflant la majorité absolue au Parlement monocaméral.

Mais sur son parcours plane l`ombre de son père, dont le style populiste et autoritaire continue de diviser fortement le Pérou.

Après avoir échoué en 2011 à se faire élire, notamment pour avoir annoncé qu`elle allait gracier son père une fois au pouvoir, Keiko Fujimori a promis cette fois de pas utiliser son pouvoir, si elle est élue, pour le faire sortir de prison.

Et elle a surtout espéré que la question ne referait pas surface d`ici le second tour le 5 juin, où elle affrontera l`ex-banquier de Wall Street de 77 ans Pedro Pablo Kuczynski.
Peine perdue : tout juste réélue au Parlement, Cecilia Chacon a remis la question sur la table.

«Nous sommes certains que nous allons vérifier et prouver que le jugement, la condamnation du président Alberto Fujimori est non seulement injuste, mais qu`elle n`est pas conforme à la loi et doit être déclarée nulle», a-t-elle clamé.

Phrase maladroite

Dans ce pays andin de 31 millions d`habitants, difficile d`oublier le passage au pouvoir d`Alberto Fujimori, président de 1990 à 2000. Certains le saluent comme l`homme ayant combattu avec succès la guérilla maoïste du Sentier lumineux et dopé l`essor économique du pays.

«Il y a une partie de la population plus démunie chez qui l’espoir d`un retour du père prédomine. Keiko profite du fait que ces personnes perçoivent comme positives les années où son père était au pouvoir et pratiquait une politique d`assistanat (...). Elles espèrent sortir de l`isolement et de la pauvreté de quelque manière que ce soit», expliquait récemment à l`AFP l`analyste politique Jorge Bruce.

Mais d`autres se souviennent aussi de ses méthodes autoritaires, alors qu`il purge désormais une peine de 25 ans de prison pour avoir commandité deux massacres perpétrés par un escadron de la mort en 1991-1992, dans le cadre de la lutte contre le Sentier lumineux.

L`ex-mandataire de 77 ans a également été reconnu coupable de corruption.
Sa fille, qui a fait campagne en misant notamment sur un ambitieux plan sécuritaire, se trouve donc à la fois avantagée et desservie par son patronyme.

Soucieux de ne pas attiser les tensions entre pro et anti-fujimoristes, le candidat de Fuerza Popular au poste de vice-président, José Chlimper, a réaffirmé que le sort de l`ex-président se déciderait devant la justice et non par la voie d`une grâce présidentielle.

«Je crois que sa phrase était un peu maladroite», a-t-il commenté à propos des déclarations de Mme Chacon, qui est pourtant une figure emblématique du parti et pourrait présider le Parlement.

Mais même M. Kuczynski, lui aussi fils d`immigrants comme M. Fujimori, a promis de lui permettre d`effectuer sa peine à domicile en raison de son état de santé délicat, le vieil homme souffrant d`hypertension et d`une lésion cancérigène à la langue.

Coïncidence du calendrier, le Tribunal constitutionnel s`est réuni mercredi pour écouter les arguments de la défense de l`ex-président, qui demande l`annulation de sa condamnation, l`organisation d`un nouveau procès et sa remise immédiate en liberté.

C`est le dernier recours possible pour M. Fujimori, qui avait déjà saisi, sans succès, tous les autres instances judiciaires du pays.

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