Avant l’ouverture de Wall Street, l’ensemble des Bourses européennes, déjà plombées la veille, plongeaient en mi-journée après les annonces de rétorsion de la Chine - particulièrement frappée par les droits de douane américains - que Pékin appliquera dès le 10 avril.
Face à l’escalade commerciale entre les deux premières puissances économiques du globe, la réaction a été en effet immédiate : vers 11h00 GMT, la Bourse de Francfort chutait de 5,08%, Paris de 4,26% et Londres de 3,90%. Milan dégringolait de 7,57% et Madrid de 6,02%. Peu avant, les cours du pétrole dégringolaient encore, avec une chute de plus de 5%, et le cuivre suivait le même mouvement. «Pour toutes les marchandises importées en provenance des États-Unis, un droit de douane supplémentaire de 34% sera imposé en plus du taux des droits de douane actuellement applicables», a annoncé le ministère chinois des Finances.
Le ministère chinois du Commerce a par ailleurs annoncé des contrôles à l’exportation sur sept éléments de terres rares, y compris le gadolinium, utilisé notamment en imagerie par résonance magnétique, et l’yttrium, utilisé dans l’électronique grand public. «La Chine a déposé une plainte dans le cadre du mécanisme de règlement des différends de l’OMC», a annoncé pour sa part le ministère chinois du Commerce dans un communiqué.
L’onde de choc des annonces de Donald Trump a continué de secouer vendredi l’Asie. La Bourse de Tokyo a accentué ses pertes en clôture : l’indice vedette Nikkei a perdu 2,75%, et l’indice élargi Topix 3,37%. De même, la Bourse de Sydney a chuté de 2,44% et celle de Séoul reculé de 0,86%. Les places chinoises étaient fermées en raison d’un jour férié. «À en juger par les réactions des marchés mondiaux, l’incertitude est plus grande que jamais», soulignent les analystes de Tokai Tokyo Securities.
Alors que les principaux partenaires commerciaux des États-Unis ont commencé à chercher la parade jeudi face au coup de massue infligé par Donald Trump, le président américain a balayé les inquiétudes. «L’économie avait beaucoup de problèmes... C’était un patient malade, (elle) va finir en pleine forme», a-t-il assuré devant la presse, à bord d’Air Force One. Mais pour le Fonds monétaire international (FMI) les annonces de Donald Trump «constituent manifestement un risque important pour les perspectives mondiales, dans une période de croissance molle», a averti sa directrice, Kristalina Georgieva.
La veille, un vent de panique avait soufflé sur Wall Street, où les ménages américains placent massivement leur épargne. Des milliards de dollars d’actions sont partis en fumée: -5,97% pour l’indice Nasdaq, -4,84% pour l’indice de référence S&P 500, leur pire séance depuis 2020, lors du premier mandat de Donald Trump. Les entreprises fuies par les investisseurs sont celles dont le modèle de production est en péril en raison de leur dépendance aux importations en provenance d’Asie. Comme l’habillement (Gap, -20,38%) ou la tech (Apple, -9,25%). Les nouveaux droits de douane sont particulièrement punitifs pour la Chine (qui, précédemment visée, verra au total les taxes sur ses produits augmenter de 54%), le Cambodge (+49%), le Vietnam (+46%) ou encore le Bangladesh (+37%).
Cette nouvelle salve arrive après d’autres, plus ciblées: +25% sur l’acier et l’aluminium, mais aussi depuis ce jeudi +25% sur les voitures importées aux États-Unis. Stupéfaits par l’ampleur de l’offensive américaine, qui rebat les cartes du commerce mondial, les principaux partenaires des États-Unis se sont globalement abstenus de jeter de l’huile sur le feu. La présidence américaine a laissé la porte ouverte à des négociations et mis en garde contre toute velléité de représailles, menaçant de sanctions supplémentaires. Face à une décision américaine «grave et infondée», le président français, Emmanuel Macron, a esquissé une riposte graduée, passant par l’unité des Européens et la suspension temporaire des investissements aux États-Unis. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a estimé qu’il fallait avoir pour objectif de «supprimer» les droits de douane, «pas (de) les multiplier» par une surenchère. (AFP)