Dans le fond de l`exposition, une petite fille s`est fait un pagne avec un tissu sénégalais et remue joyeusement. "C`est super ce truc pour danser!"
Non loin de là, des enfants de sa classe tentent de remettre dans l`ordre une céramique turque et d`autres hument les odeurs d`épices de Zanzibar.
Au musée des enfants de Manhattan, l`entrée dans le monde musulman se fait par le toucher, l`expérimentation, dans un décor de couleurs vives.
L`exposition "America to Zanzibar" porte sur les "cultures musulmanes", et non sur l`islam, qui n`est qu`évoqué en filigrane, et dont les principes religieux sont absents.
"Nous n`interprétons pas la religion", explique Andrew Ackerman, directeur exécutif du musée, pour qui l`exposition montre "comment des gens qui partagent une même foi l`expriment de manières si différentes".
Pour autant, le choix détonne dans un pays où plusieurs candidats à l`investiture républicaine pour la présidentielle ont stigmatisé les musulmans ces derniers mois, notamment Donald Trump.
Plus généralement, l`émergence de l`Etat islamique (EI) ces dernières années a dégradé l`image de l`islam dans le monde.
Andrew Ackerman assure que ce contexte est étranger à la décision de monter cette exposition ou à son contenu, qu`il affirme préparer depuis six ans.
Pour lui, il s`agissait avant tout d`ouvrir une fenêtre sur la culture des pays de tradition musulmane, qui est généralement mal mise en valeur ou "pas représentée du tout".
"Le défi était de représenter toutes ces cultures. Comment choisir, pour donner le meilleur aperçu possible ? Ce questionnement était complètement indépendant de tout événement récent", soutient-il.
L`une des originalités de l`exposition est qu`elle fait le lien avec l`héritage musulman aux Etats-Unis et n`évoque pas seulement des pays lointains.
Les enfants aperçoivent ainsi la mosquée de Dearborn (Michigan, nord), une maison de thé d`inspiration tadjik à Boulder (Colorado, ouest) ou les tissus sénégalais vendus à Harlem.
Une salle est aussi dédiée aux témoignages de musulmans américains qui ont rassemblé des objets, des livres, des disques ou des photos.
"Nous voulions vraiment intégrer l`histoire américaine, qui est plus diverse que dans le reste du monde", justifie Andrew Ackerman, soulignant que New York comprend des représentants de tous les pays musulmans.
- "pas que la Syrie" -
"C`est très bien. Ils apprennent à connaître une autre culture", s`enthousiasme Judith Espaillat, maîtresse de second grade, équivalent du CE1.
Le mot musulman évoque peu de choses à Alex, l`un de ses élèves, mais il ne s`est pas ennuyé une seconde.
Durant la première semaine de l`exposition, qui a démarré le 13 février, le musée a vu passer 13.000 visiteurs, malgré le froid polaire.
"Ils veulent montrer que cette culture est normale, pas folle", observe Francesca Azzariti, Italienne qui vit à New York.
Outre les tissus et la céramique, le musée consacre une pièce aux mosquées et à la richesse de leur architecture.
Il rappelle aussi, grâce à divers objets, la contribution des musulmans aux sciences.
"C`est un bon antidote à la manière dont les gens parlent de la culture musulmane. Elle est diverse, inoffensive, contrairement à ce que les médias nous montrent en permanence", abonde Grania Brigden, Britannique vivant en France.
"C`est bien de voir les autres éléments (du monde musulman), la nourriture, les couleurs", poursuit-elle. "L`islam, c`est l`Afrique, l`Asie, ce n`est pas que la Syrie."
L`exposition va durer au moins un an et pourrait ensuite voyager dans d`autres villes des Etats-Unis.
Destinée aux enfants, elle est aussi un bon point d`entrée pour les adultes.
"Il y a beaucoup de gens qui ne se définissent pas comme amateurs de musée mais qui viennent ici parce que c`est pour les enfants", explique Andrew Ackerman.
"Si nous pouvons susciter la curiosité", dit-il, "en tant que musée, c`est parfait".
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