Professeur de l’Université de la Sorbonne: «Il y a des leçons que les pays européens apprennent de la coexistence multiculturelle en Azerbaïdjan»

  12 Juillet 2016    Lu: 5018
Professeur de l’Université de la Sorbonne: «Il y a des leçons que les pays européens apprennent de la coexistence multiculturelle en Azerbaïdjan»
Interview exclusive avec Mme Arianne Bendavid, professeur et représentante de la Communauté juive de France en voyage en Azerbaïdjan

Azvision.az : Vous êtes la bienvenue à Bakou après avoir visité les régions de l’Azerbaïdjan, c’est une bonne occasion à mon avis ?

Ariane Bendavid : Oui, Très belle occasion pour Nous.

Azvision.az : Pourriez-vous d’abord vous présenter à nos lecteurs ?

Ariane Bendavid : je suis Ariane Bendavid, je suis professeur en Etudes hébraïques à l’Université de la Sorbonne à Paris et cela fait déjà 5 jours que je suis ici avec l’Association « Valiské » . C’est son troisième voyage en Azerbaïdjan. C’est une association qui amène des gens juifs ou pas juifs, sur les traces des juifs du Monde et notamment sur les traces des juifs qui sont moins connus. Parce qu’on connait bien les juifs anglais, allemands, américains. Mais « Valiské » a pour spécialité d’aller chercher des Juifs dans des endroits où on les connait mal, donc nous sommes venu découvrir les Communautés d’Azerbaïdjan.

Azvision.az : Est-ce que vous aviez des connaissances sur l’Azerbaïdjan avant venir dans ce pays du Caucase du Sud ?

Ariane Bendavid : Très peu de connaissances. Mais ce que j’avais entendu était très positif. J’en avais entendu parler comme d’un pays particulièrement calme, tranquille, ouvert, accueillant, mais je ne savais rien de précis. J’ai découvert Bakou qui est une ville tellement moderne, tellement à l’Occidentale. ça je ne le savais pas du tout. Les Français n’ont pas de connaissances de l’Azerbaïdjan.

Azvision.az : Alors c’est déjà 5 jours que vous êtes en voyage en Azerbaïdjan. Comment ont été les réactions, l’accueil, les comportements dans la société azerbaïdjanaise dès l’aéroport international Heydar Aliyev de Bakou ?

Ariane Bendavid : Alors nous avons été vraiment magnifiquement accueillis et comme nous ne savions presque rien, nous avons tous été vraiment émerveillés. D’abord par l’accueil, les gens sont adorables, charmants, ils nous ont vraiment bien reçus. Nous avons été émerveillés de voir la modernité de cette ville et puis parce que nous avons visité des Communautés juives, on a reçu aussi un accueil très chaleureux de ces Communautés. Mais on a vu aussi tout le reste du pays, on a vu les chrétiens, les Oudins, on a visité aussi une mosquée magnifique du XV siècle à Bakou. Tous les gens que nous avons rencontrés, ont été adorables avec nous, juste un exemple lorsque nous sommes sortis du cimetière juif tout à l’heure, une dame azerbaïdjanaise de la campagne nous a offert à tous du pain qu’elle était en train de cuire elle-même. On a trouvé ça incroyable, et elle n’a pas voulu prendre d’argent. Quel sens de l’hospitalité !

Azvision.az : Chère Ariane, vous avez eu une communication directe avec les Communautés juives d’Azerbaïdjan, l’Azerbaïdjan comme un pays ayant une majorité musulmane avec cet environnement multiculturel cela vous a dit quelque chose en comparaison avec la France ou bien d’autres pays européens ?

Ariane Bendavid : Bien sûr, évidemment ! Ça aussi, a été un grand sujet d’étonnement pour nous. On n’imaginait pas qu’un pays musulman puisse réserver un tel accueil aux Communautés juives. On ne pouvait pas imaginer ça. La France est un pays laïc, et les juifs y vivent très bien, mais malheureusement, surtout ces derniers temps, il y a beaucoup de préjugés qui circulent, à la fois contre les musulmans, et contre les juifs, notamment de la part des musulmans. Les différentes Communautés n’échangent pas beaucoup et du coup ne se comprennent pas. Alors on a été vraiment très surpris et heureusement surpris de voir à quel point un pays musulman pouvait être laïc, accueillant pour la religion juive et chrétienne, et respectueux du droit des femmes et de l’égalité. Parce qu’il est vrai que les Juifs sont généralement mal accueillis dans les pays musulmans, sauf quelques exceptions. Donc un pays musulman qui accueille et qui protège ses Communautés juives c’est quelque chose d’extraordinaire.

Azvision.az : Tout ce que j’ai présenté durant l’exposé intitulé « l’Azerbaïdjan, Patrie de Coexistence multiculturelle : Une Nation musulmane contre l’Antisémitisme », est-ce que tout a bien reflété vos impressions formées durant votre visite ?

Ariane Bendavid : Tout à fait, oui. Parce que aussi bien ici à Bakou et ailleurs dans le pays, nous sommes allés dans les Communautés juives, et nous n’avons pas vu de protection à l’extérieur, on se promène librement, on vient à prier à la synagogue. A Oghuz un juif nous a gentiment reçu chez les Juifs des Montagnes, il nous a dit « nous vivons en très bonne entente avec tout le monde ». Vraiment votre exposé sur le multiculturalisme azerbaïdjanais reflète ce qu’on a ressenti pendant notre séjour.

Azvision.az : Durant les échanges de points de vues au cours de l’exposé aux représentants de la Communauté juive de France j’ai reçu beaucoup de questions à l’égard du règlement du conflit du Haut Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, en tant que enseignant de l’Université de la Sorbonne aviez-vous une information sur ce conflit ?

Ariane Bendavid : Bien sûr, on connait le conflit du Haut Karabakh qui dure depuis 24 ans entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan et qui a récemment vu s’affronter les armées azerbaïdjanaises et arméniennes. Je sais ce conflit est le principal problème de cette région. Mais c’est vrai que ce n’est pas un conflit médiatisé en France, nous sommes au courant, mais nous n’en avons pas beaucoup de détails. En France, on parle davantage des grands conflits qui font malheureusement de dizaines, des centaines, voir des centaines de milliers de morts en Syrie, en Irak ou ailleurs. Ce sont ces conflits qui sont médiatisés. C’est pourquoi je vous remercie de nous avoir donné des explications sur le Haut Karabakh.

Azvision.az : Cette année a été déclarée par un décret du président de la République Ilham Aliyev comme « l’Année du Multiculturalisme » en Azerbaïdjan. Cela signifie un bon message de vivre ensemble pour le Monde entier. Comment évaluez-vous cette initiative par le haut du leadership d’Azerbaïdjan ?

Ariane Bendavid : On a vraiment des leçons à apprendre de vous, parce qu’il y a beaucoup de pays malheureusement en Europe, où l’on voit monter les extrémistes, de droite comme de gauche. Ces extrêmes sont justement opposés à ce multiculturalisme. Je crois que vraiment il faudrait qu’on vienne voir comment cela se passe chez vous, comment on arrive à vivre ensemble sans problème. C’est ce vivre ensemble que les Européens doivent retrouver.

Azvision.az : A l’ avenir voudriez-vous poursuivre vos liens avec l’Azerbaïdjan, ce beau pays ?

Ariane Bendavid : Bien sûr, André avec « Valiské » va certainement amener d’autres groupes et je referai peut-être le voyage un jour (un deuxième groupe arrive demain). Bien sûr j’aimerais conserver des liens.

Azvision.az : Je vous remercie infiniment d’avoir accepté notre invitation pour l’interview. Enfin qu’est-ce que vous souhaitez pour l’Azerbaïdjan ?

Ariane Bendavid : Je vais vous dire du fond du cœur, restez comme vous êtes, maintenez ce vivre ensemble, cette tolérance. Vous êtes tellement accueillants et sympathiques, c’est beau de voir que des communautés de religions différentes, d’ethnies différentes peuvent vivre en harmonie. Essayez de ne pas être gagné par les extrêmes, restez un pays laïc, tolérant, ouvert à toutes les cultures, à toutes les religions. C’est rare dans le Monde.

Said Musayev

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