Le premier ministre libanais annonce la démission du gouvernement

  10 Août 2020    Lu: 818
 Le premier ministre libanais annonce la démission du gouvernement Dalati Nohra / gouvernement libanais via AP

La corruption institutionnalisée était plus forte que l'Etat

Le premier ministre libanais Hassan Diab, en poste depuis sept mois, a officiellement annoncé ce lundi 10 août la démission de son gouvernement, près d'une semaine après l'ahurissante explosion au port de Beyrouth qui a fait au moins 160 morts, plus de 6000 blessés, et détruit une partie de la capitale.

Le chef du gouvernement, qui se présente comme indépendant, a rendu la classe politique traditionnelle responsable de ses échecs, fustigeant la «corruption» ayant conduit à «ce séisme qui frappé le pays». «Aujourd'hui, j'annonce la démission de ce gouvernement», a-t-il dit dans un discours télévisé adressé aux Libanais.

«La catastrophe qui a frappé les Libanais au coeur (...) est arrivée à cause de la corruption endémique en politique, dans l'administration et dans l'Etat», a dit le premier ministre. «J'ai découvert que la corruption institutionnalisée était plus forte que l'Etat», a ajouté amèrement Hassan Diab, un professeur d'université qui a formé son gouvernement en janvier.

Démissions en série
Depuis plusieurs jours déjà, le gouvernement libanais faisait face à la colère du peuple dans des manifestations toujours plus soutenues, mais largement réprimées par les forces de sécurité. Un policier a trouvé la mort dans des heurts à Beyrouth le 8 août et plusieurs centaines de contestataires ont été blessés.

Face aux manifestants, qui réclamaient «vengeance» et des comptes à la classe politique, pas moins de quatre ministres du gouvernement Diab ont démissionné ces derniers jours : le ministre des Finances Ghazi Wazni, la ministre de la Justice Marie-Claude Najm, la ministre de l'Information Manal Abdel Samad et le ministre de l'Environnement Damianos Kattar.

Les autorités, accusées de corruption, de négligence et d'incompétence par la rue - dans la continuité de la contestation populaire déclenchée le 17 octobre 2019 - n'ont d'ailleurs toujours pas répondu à la principale question : pourquoi une énorme quantité de nitrate d'ammonium était entreposée au port, au beau milieu de la ville ?

La déflagration, d'une violence inouïe, a effectivement été causée par 2750 tonnes de nitrate d'ammonium stockées depuis six ans au port de Beyrouth, «sans mesures de précaution», de l'aveu même du premier ministre Hassan Diab.

Rejet d'une enquête internationale
En visite à Beyrouth le 6 août, Emmanuel Macron avait conseillé à la classe politique un «profond changement», s'attirant les faveurs de nombreux contestataires. Il avait également demandé une éventuelle enquête internationale chargée d'établir les circonstances de la double explosion meurtrière survenue deux jours plus tôt. Mais le président Michel Aoun, de plus en plus contesté, avait rejeté cette dernière demande. Et les autorités n'ont pas communiqué sur le déroulement de l'enquête locale.

La communauté internationale, qui depuis des années réclame au pouvoir libanais des réformes et une lutte contre la corruption, a bien montré, lors d'une visioconférence dimanche co-organisée par la France et l'ONU, qu'elle ne lui faisait plus confiance. Elle a annoncé qu'elle allait «directement» distribuer à la population 252,7 millions d'euros d'aide aux victimes de l'explosion. Et elle a exigé une enquête «transparente» sur les causes de la catastrophe qui a fait près de 300.000 sans-abri, auxquels le gouvernement n'a fourni aucune aide.

Élections anticipées
Samedi, Hassan Diab a indiqué qu'il était prêt à rester dans ses fonctions pendant deux mois, jusqu'à l'organisation d'élections anticipées dans un pays dominé par le mouvement armé du Hezbollah, un allié de l'Iran et du régime de Bachar al-Assad en Syrie. Mais les élections anticipées ne sont pas une des principales revendications de la rue, car le Parlement est contrôlé par les forces traditionnelles qui ont élaboré une loi électorale calibrée pour servir leurs intérêts.

«Tous veut dire tous», ont clamé ces deux derniers jours les manifestants, appelant au départ de tous les dirigeants. Des effigies de nombreux d'entre eux, dont Michel Aoun et Hassan Nasrallah, ont été accrochées à des cordes de pendus lors des rassemblements.

Par Steve Tenré et AFP agence


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