Donald Trump accusé d'utiliser l'armée à des fins politiques

  03 Juin 2020    Lu: 516
Donald Trump accusé d BRENDAN SMIALOWSKI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Les propos du Secrétaire à l'Armée des États-Unis Mark Esper et le déploiement de renforts militaires autour de la Maison-Blanche ont fait réagir le Pentagone qui cherchait mardi 3 juin à se distancier du président américain.

Malaise chez les militaires américains. Depuis quelques jours l'administration Trump multiplie ses menaces de recourir à l'armée pour imposer l'ordre dans le pays. Depuis la mort de Georges Floyd le 27 mai, asphyxié sous le genou d'un policier lors de son arrestation, les Etats-Unis font face à des violentes émeutes. Lundi 2 juin, c'était le chef du Pentagone Mark Esper qui semait l'inquiétude en déclarant que les forces de l'ordre devaient «dominer le champ de bataille» pour rétablir l'ordre.

Mark Esper était au premier rang des responsables de l'administration, près de Donald Trump, quand celui-ci s'est fait photographier devant l'église avec une bible à la main, quelques minutes après la dispersion brutale, à coups de matraques et de gaz lacrymogène, de manifestants qui protestaient pacifiquement près de la Maison-Blanche. Mark Esper s'est par ailleurs affiché avec le chef d'état-major américain, le général Mark Milley. Le général Milley a été filmé marchant en tenue de camouflage derrière Donald Trump. Des images vite reprises par la Maison-Blanche dans une vidéo aux accents électoraux.

Tout ceci a semé la consternation dans l'opposition démocrate et parmi d'anciens responsables militaires. «L'Amérique n'est pas un champ de bataille. Nos concitoyens ne sont pas l'ennemi», a tweeté un ancien chef d'état-major américain, l'ex-général Martin Dempsey.

Un haut responsable du Pentagone a assuré qu'en parlant de «champ de bataille», Mark Esper n'avait pas d'arrière-pensée, et qu'ancien militaire lui-même, il s'exprimait juste dans un «jargon militaire». Quant à la présence du général Milley derrière le président américain lors d'une sortie de la Maison Blanche visiblement politique, elle aurait été involontaire, a ajouté ce haut responsable ayant requis l'anonymat.

Le président leur a dit «qu'il voulait voir les troupes déployées à l'extérieur», a-t-il expliqué, assurant que ni Mark Esper, ni le général Milley «ne savaient que les forces de l'ordre avaient décidé de faire évacuer» la zone.

Le Congrès s'est rapidement emparé de l'affaire. L'influent président de la commission des Forces armées de la Chambre des représentants, Adam Smith, s'est inquiété mardi 3 juin de la direction «autocratique» du président Trump et de «la façon dont elle affecte le jugement de la hiérarchie militaire».

«Le rôle de l'armée américaine dans le maintien de l'ordre sur le territoire est limité par la loi», a-t-il rappelé. Une loi interdit en effet d'utiliser des soldats d'active dans des missions de maintien de l'ordre, sauf en cas d'insurrection. En cas de désordres publics, il revient à chaque Etat américain de faire appel à d'anciens policiers réservistes de la Garde nationale.

Les minorités sont largement représentées au sein de l'armée américaine, considérée comme un ascenseur social, et le malaise était palpable parmi les militaires une semaine après la mort à Minneapolis de George Floyd, un homme noir de 46 ans asphyxié par un policier blanc.

«Je suis George Floyd», a notamment tweeté l'adjudant de l'US Air Force Kaleth Wright, un des militaires noirs américains les plus en vue. «Comme la plupart des aviateurs noirs, je suis outré de voir un autre homme noir mourir à télévision sous nos yeux». «Ce qui arrive trop souvent dans ce pays à des hommes noirs victimes de brutalités policières (...) pourrait m'arriver à moi», a-t-il ajouté dans des messages ayant reçu un large écho.

Il a notamment reçu le soutien public du plus haut gradé de l'armée de l'Air, le général Dave Goldstein, qui dans une lettre aux commandants d'unités, a qualifié la mort de George Floyd de «tragédie nationale» et annoncé qu'il participerait mercredi avec l'adjudant Wright à un débat en ligne sur le racisme.

afp


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