Afghanistan: l'annonce d'une trêve partielle ravive de fragiles espoirs de paix

  15 Février 2020    Lu: 302
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Washington et les talibans ont ravivé les espoirs de paix en Afghanistan en annonçant une trêve partielle d'une semaine dans tout le pays, qui doit inclure les autorités afghanes et mener, si elle est respectée, à la signature d'un accord de retrait des troupes américaines.

Mais cette trêve aux contours encore flous ne mettra pas fin aux combats entre les forces afghanes et les insurgés et pourrait s'écrouler à tout moment, avertissent des analystes. Pis, elle pourrait même permettre aux talibans de gagner du terrain.

«C'est une situation vraiment précaire et des saboteurs dans tous les camps manœuvrent déjà pour bouleverser l'équilibre», dit à l'AFP Ashley Jackson, chercheuse à l'Overseas Development Institute. Cette «réduction des violences pendant sept jours» a été annoncée jeudi 13 février à Bruxelles par le chef du Pentagone, Mark Esper. Un responsable américain a précisé vendredi 14 février à l'AFP qu'elle débuterait «très prochainement».

Le respect de cette trêve partielle, qui doit démontrer la bonne volonté des talibans et leur capacité à contrôler leurs soldats, est un préalable à la signature d'un accord entre Washington et les insurgés visant à un retrait des 12.000-13.000 soldats américains encore en Afghanistan. Un accord est «très proche», a assuré jeudi 13 février le président américain Donald Trump. Mais pour Ashley Jackson, «il faudrait être fou pour faire ce pari maintenant».

Les États-Unis et les talibans discutent depuis plus d'un an en vue d'un accord de retrait des soldats américain d'Afghanistan, en échange notamment d'une réduction des violences mais aussi de garanties sécuritaires et de l'ouverture d'un dialogue intra-afghan.

«Tout le monde veut la paix»
Le gouvernement de Kaboul a longtemps été exclu des discussions mais le ministre afghan de l'Intérieur, Massoud Andarabi, a précisé à l'AFP que les forces de sécurité afghanes, acteurs principaux sur le terrain et l'une des cibles principales des insurgés, «sont prêtes à se défendre et en même temps à respecter les conditions d'un cessez-le-feu ou d'une réduction de la violence». Il avertit néanmoins que «si les talibans continuent à attaquer, nous riposterons et les Etats-Unis nous assisteront».

Le terme de «réduction» laisse en effet de la marge pour une poursuite des combats. Avec en moyenne 50 à 90 attaques par jour, selon Ashley Jackson, il suffirait aux talibans de réduire ce chiffre à entre 20 et 30 pour parler d'une «réduction des violences». Les talibans n'ont pas répondu aux demandes de commentaires mais Mohammad Qasim, chef adjoint de la police dans la province de Kandahar (sud), bastion historique des insurgés, assure qu'ils sont prêts pour la paix. «Les combattants talibans eux aussi sont fatigués par cette guerre. Ils n'ont rien à gagner en continuant la guerre», a déclaré Mohammad Qasim. «Tout le monde veut la paix», dit-il, se fondant sur des conversations entre talibans entendues par talkie-walkie.

«Combats continuels»
Mais Ashey Jackson avertit qu'une trêve pourrait rendre les forces gouvernementales encore plus vulnérables dans les nombreuses zones où elles sont déjà encerclées par les insurgés et permettre à ces derniers de gagner encore du terrain. «Ce qui m'inquiète c'est que (les talibans) voient cela comme une chance de revendiquer le contrôle de plus de districts», explique-t-elle.

Le seul précédent depuis 2001 d'un cessez-le-feu annoncé par les talibans remonte à juin 2018 durant les trois premiers jours de l'Aïd al-Fitr marquant la fin du ramadan. Après des scènes de fraternisation inédites, les violences avaient repris.

Même si la trêve était un succès et l'accord signé entre les Etats-Unis et les talibans, il ne s'agirait encore que d'une étape sur le chemin vers la paix, rappelle Laurel Miller, ancienne diplomate, aujourd'hui experte auprès de l'International Crisis Group (ICG). «L'accord entre Etats-Unis et talibans n'est pas un accord de paix, mais un dialogue intra-afghan pourrait mener à un accord de paix», dit-elle. «L'aspect important de l'accord entre Etats-Unis et talibans est qu'il crée une opportunité pour commencer un dialogue intra-afghan».

Vanda Felbab-Brown analyste de la Brookings Institution, s'attend à une poursuite voire une hausse des violences. «Le dialogue (intra-afghan) peut commencer, mais l'histoire afghane est faite de longues discussions et de combat continuels», dit-elle. «Attendez quelques semaines. Je serais surprise que les violences restent au niveau attendu pendant la période de réduction». (AFP)


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