Chili: l'Onu dénonce les «violations des droits humains» par la police

  14 Décembre 2019    Lu: 474
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L'Onu a dénoncé vendredi dans un rapport les «multiples violations des droits humains» commises par la police lors des manifestations au Chili, des dérapages que «regrette» le gouvernement chilien tout en soulignant le «contexte» de violence dans lequel ils ont été commis.

Ce rapport a été élaboré par des experts du Haut-Commissariat de l'Onu aux droits de l'Homme, qui se sont rendus au Chili du 30 octobre au 22 novembre.

«La majorité» des protestataires ont manifesté de «manière pacifique» mais «la gestion des manifestations par les policiers s'est déroulée d'une manière fondamentalement répressive», a déclaré la chef de la mission, Imma Guerras-Delgado, lors de la présentation à Genève du rapport. Celui-ci pointe le «nombre élevé de violations graves des droits humains» et contient des exemples précis de torture, mauvais traitements, viols perpétrés par des carabiniers contre des détenus, dont beaucoup auraient été détenus de manière arbitraire.

Pendant sa mission, l'équipe du Haut-Commissariat a pu documenter 113 cas de torture et mauvais traitements, et 24 cas de violences sexuelles sur des femmes, des hommes et des jeunes filles, commis par des membres de la police et des militaires. Les experts de l'Onu dénoncent aussi le «nombre alarmant de personnes» - environ 350 - souffrant de blessures aux yeux ou au visage, la majorité étant liées à des tirs de plombs.

Le rapport indique que, sur la base des informations recueillies auprès d'une grande variété de sources, «les policiers n'ont, à plusieurs reprises, fait aucune distinction entre manifestants pacifiques et manifestants violents». «Les fusils anti-émeutes ont été utilisés de manière indiscriminée et inappropriée, et c'est pour cela qu'il y a autant de blessés», a expliqué Mme Guerras-Delgado, soulignant que les policiers ont tiré en étant trop près des manifestants. «La police a une responsabilité dans la commission de violations des droits humains. En ce qui concerne les responsabilités individuelles au sein de la police, nous ne pouvons pas tirer de conclusion. Elles devront être établies au niveau national», a-t-elle relevé.

Selon les informations officielles citées dans le rapport, plus de 28.000 personnes ont été détenues entre le 18 octobre et le 6 décembre, et la plupart d'entre elles ont été libérées. En présentant le rapport, Mme Guerras-Delgado a indiqué qu'environ 1.600 sont encore détenues selon les autorités.

«Nous regrettons profondément les plaintes reçues par l'équipe de la Haut-Commissaire (...) Chacune d'entre elles fait l'objet d'une enquête et sera (le cas échéant) sanctionnée», a réagi la sous-secrétaire d'Etat chilienne en charge des droits de l'homme, Lorena Recabarren. «A partir du 18 octobre, le Chili a vécu une situation imprévue et inédite de violence (...) C'est cette situation de violence et non les manifestations pacifiques (...) qui nous a décidés à décréter l'état d'urgence. Cette décision n'a pas été prise à la légère et sans (prendre en compte) le contexte», a-t-elle ajouté, parlant au nom du gouvernement chilien.

Le mouvement de contestation sociale qui secoue le Chili depuis le 18 octobre est le plus grave depuis le retour de la démocratie en 1990. Le Haut-Commissariat a pu vérifier les informations concernant 11 de ces 26 décès sur lesquels les autorités enquêtent. Quatre de ces cas constituent «une privation arbitraire de la vie et des décès illégaux impliquant des agents de l'Etat». Le rapport signale que les autorités ont eu connaissance de la gravité des blessures dès le 22 octobre, mais n'ont pas pris de mesures efficaces pour mettre fin à l'usage des armes anti-émeutes.

Dans un communiqué, la Haut-Commissaire de l'Onu aux droits de l'Homme, Michelle Bachelet, appelle à «regarder l'avenir de manière constructive» et demande l'établissement d'un «mécanisme de suivi», en coopération avec son bureau pour l'Amérique du Sud, chargé d'évaluer la situation dans trois mois. Une hausse du prix du ticket de métro dans la capitale a été le détonateur de cette fronde sociale inédite. Malgré la suspension de la mesure, le mouvement s'est amplifié, nourri par le ressentiment face aux inégalités sociales.

Avec AFP


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