Bolivie : la sénatrice Jeanine Añez se proclame présidente par intérim

  13 Novembre 2019    Lu: 484
  Bolivie :   la sénatrice Jeanine Añez se proclame présidente par intérim

La présidente du Sénat, âgée de 52 ans, a fait cette annonce devant les parlementaires en invoquant une clause constitutionnelle. Depuis son exil mexicain, le président déchu Evo Morales a dénoncé un coup d'Etat «odieux».

«Nous souhaitons convoquer des élections au plus vite», a ajouté la sénatrice d'opposition qui revendiquait la présidence par intérim après les démissions du président Evo Morales et de ses successeurs prévus par la Constitution, à savoir le vice-président Alvaro Garcia Linera, la présidente et le vice-président du Sénat ainsi que le président de la Chambre des députés. Jeanine Añez s'est immédiatement rendue au siège du gouvernement où elle a prêté serment, tandis que le Tribunal constitutionnel a validé cette élection.

«Le coup d'Etat le plus astucieux et le plus odieux de l'Histoire a eu lieu», a aussitôt réagi sur Twitter l'ex-chef de l'Etat socialiste depuis son exil au Mexique, dénonçant la proclamation de Jeanine Añez, «entourée d'un groupe de complices et dirigée par l'armée et la police qui répriment le peuple».

Depuis Mexico, où il est arrivé dans l'après-midi en avion militaire après un périple rocambolesque de seize heures au gré des ordres et contrordres des pays latino-américains survolés, Evo Morales a promis de poursuivre «la lutte», affirmant qu'il ne cesserait pas de «faire de la politique».

«Tous les peuples ont le droit de se libérer», a dit celui qui a longtemps incarné un symbole d'émancipation pour les populations indigènes de son pays. Il a aussi remercié le Mexique de lui avoir «sauvé la vie». Il était notamment accompagné de l'ancien vice-président Alvaro Garcia Linera et de l'ex-ministre de la Santé, Gabriela Montaño. «Ça me fait mal d'abandonner le pays pour des raisons politiques, mais (...) je reviendrai bientôt avec plus de force et d'énergie», avait tweeté lundi soir Evo Morales, qui avait démissionné dimanche soir après avoir été lâché par l'armée. Le chef de l'Etat s'était retrouvé de plus en plus isolé tandis que la crise politique s'accélérait soudainement dans le pays, où une grève générale et les manifestations paralysaient l'activité depuis une dizaine de jours.

«Je félicite la nouvelle présidente constitutionnelle de Bolivie Jeanine Añez», a réagi sur Twitter le candidat centriste Carlos Mesa, qui contestait les résultats de la présidentielle du 20 octobre et réclamait un second tour. Le leader de la contestation populaire, Luis Fernando Camacho, a également reconnu la sénatrice d'opposition comme présidente par intérim et appelé à une «suspension des manifestations», notamment dans son fief de Santa Cruz (est).

A son arrivée au Parlement, où n'ont pas siégé les parlementaires du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti d'Evo Morales, Jeanine Añez avait déclaré à la presse: «Nous ne pouvons pas rester sans gouvernement.» Selon la Constitution, une élection présidentielle doit être convoquée dans les 90 jours suivant la démission du chef de l'Etat.

Il était pour l'heure prématuré de savoir si cette annonce allait apaiser la situation dans la capitale la Paz, et d'autres villes du pays, où des troubles ont éclaté dès le soir du scrutin contesté du 20 octobre ayant attribué un quatrième mandat présidentiel à Morales. Des images diffusées mardi montraient la police aux prises avec des partisans du président démissionnaire et des manifestants masqués appelant à la guerre civile dans la ville de Cochabamba.

Après trois semaines de contestation dans les rues, un climat de violence tel s'est installé que la police, s'estimant «dépassée» par la situation, a demandé lundi l'aide de l'armée. Les forces de l'ordre ont été déployées dans La Paz, tandis que des partisans d'Evo Morales se concentraient sur la place San Francisco, non loin du Parlement. Dimanche soir, des milliers de Boliviens avaient célébré dans les rues le départ d'Evo Morales, après la vague de contestation au cours de laquelle sept personnes ont été tuées, selon un bilan revu à la hausse, et 383 ont été blessées.

Le département d'Etat américain a annoncé mardi soir que les Etats-Unis ordonnaient le départ des familles des employés du gouvernement en Bolivie du fait des troubles dans le pays. Dans un communiqué, il conseille par ailleurs aux citoyens américains d'éviter de se rendre en Bolivie.

AFP


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