Bolivie : le point après la démission de Morales

  11 Novembre 2019    Lu: 409
Bolivie : le point après la démission de Morales

De premières arrestations d'ex-dirigeants ont eu lieu dimanche 10 novembre. La situation est confuse.

Le président bolivien Evo Morales a démissionné dimanche 10 novembre après trois semaines de protestations contre sa réélection. «Je renonce à mon poste de président», a déclaré à la télévision le leader indigène de 60 ans, au pouvoir depuis 2006, au terme d'une journée marquée par de nouveaux affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ainsi que des démissions en série de ministres et députés.

Evo Morales a annoncé dans la soirée qu'un mandat d'arrêt «illégal» avait été émis contre lui. Une information démentie par le commandant de la police, Vladimir Yuri Calderon. Seuls sont visés les magistrats du Tribunal suprême électoral (TSE), a-t-il déclaré.

Mais l'un des principaux opposants à Evo Morales, Luis Fernando Camacho, qui a joué un rôle clé dans le mouvement qui a conduit à sa démission, a confirmé l'existence d'un mandat d'arrêt contre lui: «Confirmé!! Ordre d'arrestation pour Evo Morales!! La police et les militaires le recherchent dans le Chaparé», a-t-il écrit sur Twitter. Le Chaparé est le fief de l'ex-président, dans le centre de la Bolivie.

Un peu plus tôt, la police a arrêté la présidente du TSE, Maria Eugenia Choque, sur ordre du parquet, qui enquête sur des irrégularités commises dans le scrutin d'octobre, ainsi que le vice-président du TSE, Antonio Costas. Tous deux, emmenés par des hommes encagoulés ou masqués, ont été présentés aux médias au pied d'une estrade où se trouvaient assis des gradés de la police.

Des milliers d'habitants ont déferlé dans les rues du pays pour célébrer l'annonce de la démission du président, agitant le drapeau bolivien entre rires et larmes après la violente vague de contestation au cours de laquelle trois personnes ont été tuées et 383 blessées.

«Nous avons donné une leçon au monde, demain la Bolivie sera un nouveau pays», s'est exclamé Luis Fernando Camacho, dirigeant le plus visible et radical de l'opposition, qui s'était rendu plus tôt au siège du gouvernement à La Paz pour y remettre symboliquement une lettre de démission à signer par Evo Morales, ainsi qu'un exemplaire de la Bible.

Dimanche soir, Morales a reçu le soutien immédiat des présidents cubain et vénézuélien, Miguel Diaz-Canel et Nicolas Maduro, qui ont dénoncé un «coup d'Etat» et exprimé leur solidarité envers leur «frère président».

Le siège de l'ambassade du Venezuela à La Paz a été occupé dimanche par des manifestants cagoulés. Nicolas Maduro, pour l'heure, n'avait pas réagi.

Le président élu argentin Alberto Fernandez a également condamné «un coup d'Etat». Le Mexique à offert l'asile à Evo Morales et accueilli dans son ambassade à La Paz des fonctionnaires et des parlementaires boliviens.

Au fil de la journée, le dirigeant bolivien s'était retrouvé de plus en plus isolé alors que la crise politique s'accélérait brutalement dans le pays andin, où grève générale et manifestations paralysaient l'activité depuis une dizaine de jours.

Vice-président, présidents du Sénat et de la Chambre des députés, ministres, députés: la cascade de démissions depuis l'annonce de M. Morales a entraîné une vacance du pouvoir.

Après les démissions du président et du premier vice-président du Sénat, la deuxième vice-présidente de la chambre haute, l'opposante Jeanine Anez, a revendiqué dimanche son droit à devenir chef de l'Etat par intérim. «Je suis la deuxième vice-présidente et dans l'ordre constitutionnel, je devrais assumer ce défi [de la présidence de la République] avec le seul objectif d'appeler à de nouvelles élections», a-t-elle dit sur la télévision Unitel.

Plus tard dans la nuit, des troubles ont éclaté à La Paz et à El Alto, une ville proche de la capitale bolivienne. De nombreux autobus ont été incendiés ainsi que des domiciles de personnalités, selon les médias locaux. Le domicile d'un ancien ministre, Juan Ramon Quintana, a été pillé par des inconnus qui ont emporté tous ses documents, selon les déclarations de M. Quintana lui-même à la télévision.

AFP


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