Destitution: Donald Trump choisit l'affrontement avec le Congrès

  09 Octobre 2019    Lu: 640
 Destitution: Donald Trump choisit l

Leah Millis/REUTERS

Dans l'affaire ukrainienne, entre la Maison Blanche et le Congrès, la guerre est désormais déclarée.

La Maison Blanche a officiellement fait savoir mardi soir qu'elle n'entendait pas coopérer à l'enquête menée à l'instigation de ses opposants démocrates en vue d'une éventuelle destitution de l'actuel président américain. Les chefs des trois puissantes commissions du Congrès avaient fait parvenir vendredi soir une injonction officielle sommant la Maison Blanche de leur fournir d’ici au 18 octobre une somme de documents relatifs à l'appel téléphonique du 25 juillet entre le président ukrainien Zelensky et son homologue américain. Ils cherchent à savoir si Donald Trump et son administration ont fait pression sur l'Ukraine pour enquêter sur l'ancien vice-président américain Joe Biden, longtemps perçu comme un potentiel rival pour la présidentielle de 2020.

«Étant donné que votre demande n'a pas de fondement constitutionnel légitime ou le moindre semblant d'impartialité (...) le pouvoir exécutif ne peut être tenu d'y participer», a indiqué Pat Cipollone, avocat de la présidence, dans une lettre de huit pages adressée à Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants. «Pour faire simple, vous essayez d'annuler les résultats de l'élection de 2016 et de priver les Américains du président qu'ils ont librement choisi», a-t-il résumé.

Donald Trump a été privé de ses droits fondamentaux dans le cadre de cette procédure, comme la possibilité d'interroger des témoins, de recevoir la retranscription de témoignages ou d'avoir accès à des preuves, est-il écrit. «Tout cela viole la Constitution», fait valoir la présidence américaine. La lettre estime qu'il s'agit d'une manoeuvre politique destinée à influencer l'élection présidentielle de l'an prochain, ce que les démocrates rejettent. Un haut représentant de l'administration Trump, s'exprimant au moment de sa publication, a déclaré que la manoeuvre des démocrates était «sans précédent dans l'histoire de notre nation.»

Quelques heures avant l'envoi de cette missive, la Maison Blanche avait empêché Gordon Sondland, l'ambassadeur des Etats-Unis auprès de l'Union européenne, de venir témoigner devant les élus. Donald Trump a justifié cette décision en qualifiant les auditions organisées sur l'affaire ukrainienne de «tribunal bidon». Nancy Pelosi qui avait fait l'annonce choc, fin septembre, de l'ouverture de l'enquête en vue d'une mise en accusation («impeachment») de Donald Trump a dénoncé «un abus de pouvoir». «Le président Trump doit arrêter de faire obstruction au Congrès», a réagi le candidat démocrate Joe Biden, à l'image entaché de fait par cette affaire ukrainienne.

«La Maison Blanche tente encore une fois de freiner et d'entraver l'enquête», se sont indignés les chefs démocrates des trois puissante commissions chargées des investigations. Ces derniers ont promis d'adresser sous peu à Sondland des injonctions pour qu'il soit désormais contraint de témoigner et de présenter des documents que le département d'Etat refuse de livrer. Venu spécialement de Bruxelles pour participer de son plein gré à cette audition, Pat Sondland a été informé au milieu de la nuit par son ministère qu'il ne devait pas s'y présenter. Son avocat assurait mardi qu'il espérait pouvoir le faire rapidement.

Témoin clé de l'affaire ukrainienne, Sondland avait participé à des échanges de SMS entre diplomates qui sont désormais au coeur de l'affaire ukrainienne. Remis au Congrès la semaine dernière, ces messages ont conforté les démocrates dans leurs soupçons: le président américain a bel et bien appelé cet été son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky pour qu'il cherche des informations compromettantes sur son rival Joe Biden.

En dernier lieu, la présidence américaine indique dans ce courrier qu'elle ne coopérera avec l'enquête qu'à la condition que la chambre des représentants organise un vote formel sur une éventuelle mise en accusation de Donald Trump. Un manière pour le milliardaire de mettre sa rivale Nancy Pelosi au pied du mur. La cheffe de file des démocrates a dénoncé dans mardi soir une «tentative illégale de dissimuler les faits». Si les démocrates sont majoritaires à la Chambre basse, une trentaine d’entre eux est issue de circonscriptions qui ont voté pour Trump. Ce dernier sait que ses adversaires pourraient être réticents à organiser un vote à l’issue incertaine. S'il échoue, c’en serait fini de la procédure de destitution. Dans la lettre transmise aux démocrates, la Maison blanche souligne que les trois autres enquêtes pour destitution dans l'Histoire des Etats-Unis - visant Andrew Johnson, Richard Nixon et Bill Clinton - ont été menées sur un vote de la Chambre.

Le Figaro


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