La production de pétrole saoudienne temporairement réduite de moitié

  15 Septembre 2019    Lu: 221
  La production de pétrole saoudienne temporairement réduite de moitié

Deux importants sites pétroliers du royaume ont fait l’objet d’attaques revendiquées par les rebelles yéménites. Le retour à la normale n’est pas prévu avant plusieurs semaines. La Bourse de Ryad dévisse.

C’est une attaque aux conséquences potentiellement mondiales. Samedi 14 septembre, deux sites pétroliers saoudiens ont été pris pour cible par des drones. L’attaque, qui a été revendiquée par les rebelles yéménites Houthis, a provoqué d’importants incendies. Le groupe pétrolier Aramco, propriétaire des lieux, a dû suspendre provisoirement la production sur les deux sites touchés.

Ces installations temporairement mises à l'arrêt produisent en temps normal 5,7 millions de barils par jour, sur une production totale saoudienne de 10,3 millions de barils par jour, selon le dernier rapport de l’Opep. Cela signifie donc qu'environ 50% de la production totale saoudienne est touchée. Soit 5% de la production mondiale de brut quotidienne.

Le ministre saoudien de l'Énergie, le prince Abdel Aziz ben Salmane, a par ailleurs indiqué que les explosions dues aux attaques avaient aussi causé l'interruption de la production d'environ deux milliards de pieds cubes (56,6 millions de mètres cubes) de gaz associé, extrait avec le brut. «En conséquence, l'approvisionnement en éthane et en gaz naturel liquéfié va baisser de 50%», a-t-il précisé, ajoutant que l'approvisionnement domestique en carburant, électricité et en eau n'avait pas été affecté.

L'attaque, qui n'a fait aucun blessé selon le porte-parole du ministère, Mansour al-Turki, a frappé le site d'Abqaiq, à 60 km au sud-ouest de Dahran. Ce dernier abrite la plus grande usine de traitement du pétrole d'Aramco. L'autre site touché est celui de Khurais, à 250 kilomètres de Dahran, qui est l'un des principaux champs pétroliers de l'entreprise publique.

Les équipes de sécurité d'Aramco sont intervenues pour éteindre des incendies à Abqaiq et Khurais, et ces derniers «ont été maîtrisés», assure le ministère de l'Intérieur. Mais cela n'a pas empêché l'arrêt temporaire de la production. Le retour à la normale n'est pas attendu avant «des semaines plutôt que des jours», a fait savoir dimanche à Reuters une source au fait de la situation. Reconnaissant le sérieux des attaques, les autorités de Ryad n'ont avancé aucun délai avant la reprise totale de la production.

L'impact sur les cours du brut ne sera connu que lundi, lors de la reprise des cotations. Mais à la Bourse de Ryad, l'heure était déjà à la morosité ce dimanche. La première place financière du monde arabe a perdu environ 3% à l'ouverture, avant de se reprendre légèrement. Le secteur de l'énergie a notamment plongé de 4,7%.

Le régime saoudien s'est pourtant montré rassurant. «Une partie de la baisse (de la production) sera compensée pour les clients par les stocks», a indiqué le ministre saoudien de l'Énergie, le prince Abdel Aziz ben Salmane, dans un communiqué relayé par l'agence officielle SPA. Cinq sites de stockage souterrains, pouvant contenir des dizaines de millions de barils de différents produits pétroliers raffinés, ont été construits dans plusieurs endroits du royaume pour une extraction en cas d'urgence.

Le PDG d'Aramco, Amin Nasser, a également affirmé que le travail était «en cours pour regagner les quantités de production» perdues. Une enquête a été ouverte et les autorités ont renforcé la sécurité autour des deux sites visés.

Il s'agit en effet de la troisième attaque du genre en cinq mois contre des infrastructures du mastodonte pétrolier. Le 17 août, les Houthis avaient dit avoir mené une attaque à l'aide de dix drones, «la plus massive jamais lancée en Arabie saoudite», contre le champ de Shaybah (dans l'est), qui avait provoqué un incendie «limité» selon Aramco sur une installation gazière, sans faire de blessés. Le 14 mai, les Houthis avaient revendiqué une attaque de drones dans la région de Ryad, contre deux stations de pompage d'un oléoduc reliant l'est à l'ouest du royaume, qui avait entraîné l'interruption temporaire des opérations sur cette installation.

D'après des experts, ces attaques des rebelles yéménites montrent qu'ils disposent d'armes sophistiquées et constituent une menace sérieuse pour l'Arabie saoudite et plus particulièrement pour ses installations pétrolières.

Après s'être entretenu au téléphone avec le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, le président américain Donald Trump a fermement condamné ces attaques contre les infrastructures saoudiennes. «Des actions violentes contre des zones civiles et des infrastructures vitales pour l'économie mondiale ne font qu'aggraver les conflits et la méfiance», a pointé la Maison Blanche après cet appel téléphonique.

Le ministère français des Affaires étrangères a également condamné des actions qui «ne peuvent qu'aggraver les tensions régionales et les risques de conflit».

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a été encore plus explicite: «L'Iran a lancé une attaque sans précédent contre l'approvisionnement énergétique mondial», a-t-il affirmé. «Nous appelons tous les pays à condamner publiquement et sans équivoque les attaques de l'Iran. Les États-Unis œuvreront avec nos partenaires et alliés pour assurer l'approvisionnement des marchés énergétiques et pour que l'Iran rende des comptes pour son agression», a-t-il ajouté.

L'Iran a de son côté vigoureusement démenti. «Des accusations et remarques aussi stériles et aveugles sont incompréhensibles et insensées», a déclaré le porte-parole des Affaires étrangères iraniennes, Abbas Moussavi, laissant entendre qu'elles avaient pour but de justifier «des actions futures» contre l'Iran.

Le Figaro


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