L'ancien président égyptien Mohamed Morsi est mort lors d'une audience au tribunal

  17 Juin 2019    Lu: 433
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Premier président élu démocratiquement à la tête de son pays, destitué et maintes fois condamné, il a été victime ce lundi d'un malaise au cours d'une comparution au Caire.

L'ancien président égyptien Mohamed Morsi est mort après avoir été victime d'un malaise pendant une comparution au tribunal au Caire, rapporte lundi la télévision d'Etat. Le site du journal d'Etat Al-Ahram a confirmé son décès.

Cet ancien ingénieur était devenu en 2012 le premier président librement élu de l'histoire de l'Égypte, un an après la «révolution du Nil» et la chute de son prédécesseur Hosni Moubarak. Il avait lui-même été renversé par l'armée un an plus tard après de grandes manifestations contre son pouvoir.

Mohamed Morsi était emprisonné depuis sa destitution par l'armée à l'été 2013. Il avait été jugé par la suite dans plusieurs affaires. Il a notamment été accusé de fomenter des actes de terrorisme. L'ancien président purgeait plusieurs peines de prison, dont une de 20 ans pour avoir ordonné le meurtre de manifestants en 2012, et une à la perpétuité pour espionnage au profit du Qatar, avec lequel il aurait partagé des documents confidentiels.

Une affaire d'espionnage pour le Qatar

Il comparaissait lundi dans une autre affaire d'espionnage en raison de contacts jugés suspects avec le Hamas palestinien. L'organisation est une émanation des Frères musulmans et le Qatar héberge le guide spirituel de la confrérie.

Selon la télévision d'Etat, Mohamed Morsi a été victime d'un malaise pendant l'audience et son décès a été constaté peu après. Marié et père de cinq enfants, il avait 67 ans. "Il a parlé devant le juge pendant 20 minutes puis il s'est animé et s'est évanoui. On l'a vite emmené à l'hôpital où il est mort plus tard", a déclaré une source judiciaire à l'AFP.

Morsi s'était affiché lors de la présidentielle de 2012 comme le garant des idéaux démocratiques de la révolte de 2011 déclenchée par la jeunesse libérale et laïque, mais à laquelle les Frères musulmans s'étaient ralliés, par opportunisme selon leurs détracteurs. Il avait été surnommé "la roue de secours", remplaçant de dernière minute du premier choix de la confrérie, l'homme d'affaires Khairat al-Chater, inéligible, mais avait remporté le scrutin de justesse, face à un cacique du régime de Hosni Moubarak.

Une «marionnette» aux mains des Frères musulmans

Les manières simples et l'air affable de Morsi, issu d'une famille d'agriculteurs, avaient contribué à un certain état de grâce durant ses premiers mois de présidence. Puis il s'est rapidement attiré les foudres d'une grande partie de la population, qui l'accusait d'être une "marionnette" aux mains des Frères en les aidant à accaparer tous les pouvoirs, tout en étant incapable de rétablir la sécurité ou de relancer une économie à genoux. Dans un pays sous la férule de l'armée depuis des décennies, les pro-Morsi soulignent qu'il a tenté d'évincer les militaires des principaux rouages de l'Etat, ce qui a causé sa perte. Les crises se sont succédé, et un an après son élection, le 30 juin 2013, des millions d'Egyptiens sont descendus dans la rue pour réclamer son départ.

Son tombeur, l'ex-chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, a invoqué ce mouvement pour justifier la destitution de Morsi trois jours plus tard et lancer une sanglante répression contre ses partisans. Policiers et soldats ont tué plus de 1.400 manifestants pro-Morsi en quelques mois. Des centaines ont été condamnés à mort, dans des procès de masse expéditifs, qualifiés par l'Onu de "sans précédent dans l'Histoire récente" du monde.

Le chef d'Etat turc Recep Tayyip Erdogan, dont il était l'un des principaux soutien, a été le premier à lui rendre hommage lundi soir. "Que Dieu accorde à notre martyr, notre frère Morsi, sa miséricorde", a déclaré Erdogan à un groupe de journalistes.

Reuters


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