May laisse entendre qu'elle pourrait renoncer à un troisième vote sur l'accord de Brexit

  23 Mars 2019    Lu: 288
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De retour de Bruxelles, où elle a obtenu un court répit de ses partenaires européens, Theresa May s'est attelée vendredi à une tâche immense: parvenir à faire ratifier l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Dans une lettre adressée vendredi à des parlementaires, la Première ministre britannique laisse toutefois entendre qu'elle pourrait ne pas faire revoter la Chambre des communes sur l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne si elle estime qu'une majorité reste introuvable, ouvrant la voie à de multiples possibilités, dont un report lointain du Brexit.

"S'il apparaît qu'il n'y pas un soutien suffisant pour soumettre de nouveau cet accord la semaine prochaine, ou si la Chambre le rejette à nouveau, nous pourrons demander une nouvelle extension avant le 12 avril, mais cela impliquera d'organiser des élections pour le Parlement européen", écrit-elle dans cette lettre publiée sur un Twitter par un journaliste de la BBC.

Les dirigeants européens, qui étaient réunis jeudi et vendredi à Bruxelles, ont reporté la date du Brexit du 29 mars au 22 mai si la Chambre des communes ratifie l’accord de retrait la semaine prochaine ou au 12 avril dans le cas contraire.

Ils ont averti vendredi le Royaume-Uni qu’il disposait d'une dernière chance de quitter l'Union européenne de façon ordonnée.

Par deux fois déjà, Theresa May a tenté de faire ratifier cet accord négocié avec Bruxelles. Les deux tentatives se sont soldées par des échecs.

Le 15 janvier, les parlementaires ont rejeté l'accord par 432 voix contre 202. Le 12 mars, la marge s'est réduite, mais il a encore été rejeté, par 391 voix contre 242. Pour renverser la donne et réussir son pari, May a donc besoin de convaincre 75 parlementaires.

5% DE CHANCES ? "TRÈS OPTIMISTE"

Mais à Bruxelles, les dirigeants européens semblaient dubitatifs sur ses chances de réussir son pari. Selon plusieurs sources, Emmanuel Macron a déclaré à huis clos qu'il estimait, avant d'arriver dans la capitale belge, à 10% les chances de la Première ministre britannique d'y arriver. Après l'avoir écoutée, il a revu son estimation à 5%.

D'après une personne présente à la réunion, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a réagi en déclarant que le président français était "très optimiste", ce que l'assemblée a approuvé.

Au Royaume-Uni, le Parti unioniste démocratique (DUP) d'Irlande du Nord, dont les dix élus à la Chambre des communes sont indispensables à la majorité parlementaire du gouvernement, a dénoncé vendredi l'"échec décevant et inexcusable" de May.

Dans un communiqué, Nigel Dodds, le numéro deux du parti, affirme que la dirigeante conservatrice a raté une occasion de présenter aux autres dirigeants européens des propositions susceptibles d'améliorer l'accord de sortie et de le rendre acceptable pour le Parlement de Westminster.

"Les leçons données par la Première ministre pour tenter de jeter le blâme sur les autres ne peuvent masquer la responsabilité de son gouvernement dans la débâcle actuelle, ni le fait que son accord a été deux fois massivement rejeté" par les députés, a-t-il dit.

UNE UNION DOUANIÈRE ?

Vendredi soir, le Daily Telegraph rapporte que Theresa May pourrait proposer aux parlementaires de voter sur un maintien du Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE. Ce serait un renoncement spectaculaire à une des lignes rouges fixées par la dirigeante britannique dans ses longues négociations avec les Européens. Et un moyen d'éviter le "backstop" nord-irlandais, ce mécanisme de dernier recours censé éviter, faute d'une meilleure solution, le rétablissement d'une frontière physique entre la République d'Irlande et la province britannique 'Irlande du Nord.

Le Telegraph évoque aussi des appels à la démission de May émanant de membres de son propre gouvernement.

Une manifestation est prévue ce samedi dans le centre de Londres pour réclamer un second référendum sur le Brexit. On estime que des centaines de milliers de personnes devraient y participer.

Parallèlement, une pétition réclamant du gouvernement britannique qu'il mette fin au processus de sortie de l'Union européenne et maintienne le Royaume-Uni dans le bloc communautaire a recueilli plus de 3,5 millions de signatures. Lors du référendum du 23 juin 2016, 17 millions d'électeurs en faveur du Brexit contre 16 millions en faveur d'un maintien dans l'UE.

Le texte mis en ligne sur le site du Parlement britannique réclame la révocation de l'article 50 du traité européen, dont la notification, le 29 mars 2017, a formellement lancé la procédure de divorce et fixé son terme, provisoire, le 29 mars prochain.

La Cour de justice de l'Union européenne a jugé en décembre dernier qu'un pays était habilité à revenir unilatéralement sur sa décision de quitter l'UE, et ce, sans même consulter les autres pays membres.

Challenges


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