Pourquoi il ne faut rien décider l'après-midi

  23 Janvier 2019    Lu: 572
Pourquoi il ne faut rien décider l

Le livre de l'Américain Daniel Pink compile de travaux scientifiques démontrant que, dans nos vies, tout est affaire de timing. Surtout le matin.

Deux sociologues de l'université américaine Cornell ont soumis à un programme d'informatique textuelle (« Linguistic inquiry and word count ») 500 millions de tweets postés par 2,4 milliards d'êtres humains, afin d'évaluer leur contenu émotionnel. Et ces deux chercheurs, Michael Macy et Scott Golder, ont été stupéfaits par les résultats. Tous les messages indiquant que leur auteur serait de bonne humeur, énergique, confiant, optimiste ont été rédigés le matin. Dans l'après-midi, la tonalité déprime, le moral décline, puis en fin de journée, « les affects positifs » reprennent le dessus. Et le plus frappant, c'est que ce rythme est identique dans tous les pays du monde, tous les jours de la semaine, quels que soient la couleur de peau, l'âge, la religion ou la profession de l'émetteur.

Les Terriens sont soumis au même cycle : « l'humeur positive croît le matin, décline l'après-midi et monte à nouveau le soir ». Des recherches de cette espèce, Daniel Pink en compile plus de 700 dans son dernier ouvrage, Le Bon Moment (Flammarion), et celles-ci méritent d'être portées à notre connaissance tant elles nous révèlent l'influence déterminante des étapes de la journée sur notre capacité à réfléchir, décider, analyser ou inventer. D'autres chercheurs ont par exemple évalué, selon une méthode similaire à celle utilisée pour les tweets, les conversations émises dans 2 100 entreprises – américaines toujours – cotées en Bourse. Des conversations en prise directe avec la valeur boursière de l'entreprise. Les appels passés ou reçus tôt le matin s'avèrent raisonnablement positifs, puis au fur et à mesure de la journée, le ton se fait plus négatif, l'optimisme revient en fin de journée, sauf que c'est trop tard, les marchés ont baissé leurs rideaux. « Même les plus fins agents économiques évoluant dans un contexte hautement incitatif sont influencés par les rythmes diurnes dans l'exercice de leurs responsabilités », écrit l'auteur.

Les « événements indésirables » au bloc opératoire sont « plus nombreux entre 15 et 16 heures »

Les expériences confirmant ce biais chronologique abondent. Ainsi, les jurés d'un procès fictif condamnent plus lourdement l'après-midi, des cobayes mémorisent mieux au réveil une suite de syllabes qu'après leur déjeuner et les deux millions d'élèves danois soumis à des évaluations nationales informatiques obtiennent des résultats significativement différents selon qu'ils aient été testés en matinée ou durant l'après-midi. Daniel Pink affirme pour sa part qu'il refusera toute intervention chirurgicale passé midi. Il sait pourquoi, ayant épluché l'étude des chercheurs de l'université de Duke, établissant que les « événements indésirables » au bloc opératoire sont « plus nombreux entre 15 et 16 heures ». À neuf heures du matin, la probabilité de rencontrer un problème est de 1 %, à 16 heures, elle grimpe à 4 %. Un taux comparable se retrouve en endoscopie. « Chaque heure passée correspond à une baisse de 5 % de polypes détectés », affirme l'Américain. Qui conclut que « les après-midi sont à nos journées ce que le triangle des Bermudes est à la navigation : une zone dangereuse ».

Source: lepoint.fr

Par Émilie Lanez


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