Nouvelle conférence à Ryad à l'ombre de l'affaire Khashoggi

  15 Novembre 2018    Lu: 526
Nouvelle conférence à Ryad à l

Des artistes cybernétiques, des pionniers du parkour et un boxeur britannique sont à l'affiche d'une conférence de la jeunesse saoudienne parrainée par l'organisation caritative du prince héritier Mohammed ben Salmane, dernier évènement médiatisé en date à l'ombre de l'affaire Khashoggi.

Les organisateurs du Misk Global Forum, qui se tient mercredi et jeudi à Ryad, ont gardé le secret jusqu'à la dernière minute sur les orateurs et les sponsors de l'évènement, apparemment pour éviter les annulations en série ayant marqué le Forum international sur l'investissement (FII) le mois dernier dans la capitale saoudienne.

L'Arabie saoudite était alors en pleine tourmente dans l'affaire Khashoggi, du nom de ce journaliste critique tué le 2 octobre par des agents saoudiens au consulat du royaume à Istanbul.

Pour le Forum Misk, sa directrice Shaima Hamidaddin s'est félicitée de centaines de participants de "presque tous les continents".

Mais la réunion cette année manquait visiblement de vedettes, alors qu'en 2017, la reine Rania de Jordanie, Bill Gates et des personnalités occidentales du monde des affaires et des médias figuraient parmi les invités de marque.

Exprimant sa consternation devant le meurtre de Khashoggi qui a eu un retentissement mondial, la Fondation Bill et Melinda Gates de Microsoft a déclaré ce mois-ci qu'elle suspendait toute coopération avec la Fondation Misk qui organisait le forum à Ryad.

La Fondation Gates s'était engagée à verser cinq millions de dollars à cet organisme à but non lucratif, présidé par le jeune prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, surnommé "MBS", considéré comme l'homme fort de l'Arabie saoudite.

Le scandale Khashoggi a plongé le premier exportateur mondial de pétrole dans sa pire crise diplomatique depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, où 15 des 19 pirates de l'air avaient été identifiés comme Saoudiens.

Karen Attiah, qui éditait les contributions au Washington Post de Khashoggi --un critique de MBS--, avait appelé les institutions américaines à boycotter le forum qui se présente comme "le plus grand événement de la jeunesse au Moyen-Orient".

- "Risque pour l'image" -

Un homme d'affaires français qui était présent mercredi a noté que les participants et les panélistes venaient en grande partie du Moyen-Orient, dont beaucoup d'Arabie saoudite même.

Notant que la "qualité des intervenants" au forum Misk avait baissé par rapport à l'an dernier, il a indiqué à l'AFP que le président de sa compagnie s'était retiré après l'annonce de Bill Gates, optant plutôt pour l'envoi de jeunes cadres.

Cela fait écho au FII --surnommé "Davos dans le désert"-- qui avait été boycotté par des dizaines de géants du monde des affaires, dont le milliardaire britannique Richard Branson et le patron de Siemens Joe Kaeser.

"La crise (liée à Khashoggi) ne peut pas s'estomper comme par magie", a déclaré Christian Koch, directeur de la Gulf Research Center Foundation qui participe au forum.

"Les entreprises se soucient de leurs résultats financiers et tout le monde ne dit pas: +Nous ne ferons pas affaire avec les Saoudiens parce qu'un homme a été assassiné+", a déclaré un responsable occidental à l'AFP.

"Faire des affaires ici est une décision calculée".

A la suite du FII, le ministre saoudien de l'Energie Khaled al-Faleh a déclaré que les entreprises étrangères ayant boycotté le forum sur l'investissement s'étaient ensuite "excusées" et s'étaient engagées à rétablir des relations normales. Il n'avait pas nommé ces entreprises.

Depuis le 2 octobre, le royaume s'efforce de dédouaner "MBS" pour l'ordre de tuer Khashoggi, mais l'affaire a considérablement terni son image mondiale de réformateur.


Tags: Khashoggi   Ryad