Jérôme Lambert adresse une lettre aux députés français au sujet de la résolution anti-azerbaïdjanaise

  25 Novembre 2022    Lu: 689
  Jérôme Lambert adresse une lettre aux députés français au sujet de la résolution anti-azerbaïdjanaise

Le président de l’Association des Amis de l’Azerbaïdjan, membre honoraire du Parlement français, Jérôme Lambert, a adressé une lettre aux députés français dans le cadre de la proposition de résolution contre l’Azerbaïdjan.

La lettre se lit comme suit :

« Madame la Députée, Monsieur le Député,

Par la volonté de quelques-uns d’entre vous, vous allez bientôt vous prononcer sur une résolution traitant des relations entre la France et l’Azerbaïdjan.

Si vous êtes présent(e) ce jour-là, permettez-moi d’attirer votre attention sur le texte qui vous est soumis afin de vous demander de ne pas l’adopter.

Les amendements n’étant pas possibles, la rédaction de cette résolution pose en effet de nombreuses difficultés.

On vous sollicite à nouveau pour prendre officiellement une position, qui cependant n’engagera pas le Gouvernement français, sur le conflit qui a opposé l’Arménie à l’Azerbaïdjan, au cours de ces trente dernières années.

En premier lieu, il faut noter que les rédacteurs de cette résolution ignorent totalement la situation actuelle entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Ils semblent même être à contre-courant des évolutions qui sont apparues au cours de ces derniers mois.

En effet, l’occupation d’une grande partie de l’Azerbaïdjan (près de 20% de son territoire) par les forces arméniennes depuis le début des années 90 a pris fin il y a deux ans, quand l’Azerbaïdjan a usé du droit à défendre son intégrité territoriale en mettant fin à l’occupant arménien de territoires conquis auparavant par la force.

Cette occupation, contraire au droit international, avait été plusieurs fois condamnée par l’ONU - la France, membre du Conseil de Sécurité, votant toutes les résolutions condamnant l’occupation arménienne.

Aujourd’hui, après la reprise légitime de ses territoires par l’Azerbaïdjan il y a deux ans, la situation est très largement stabilisée. Aucune condamnation des instances internationales n’a été prononcée à l’encontre de l’Azerbaïdjan, et notre Président de la République a reconnu lui-même, à plusieurs reprises ces derniers mois, que la France reconnaissait les frontières internationales de 1991 - avant l’invasion de l’Azerbaïdjan par les forces arméniennes ! On ne peut être plus clair.

Cependant, depuis la signature des accords trilatéraux, en novembre 2020, les pourparlers de paix qui devaient stabiliser les relations entre ces deux nations, ont été empêchées par l’Arménie malgré la bonne volonté de l’Azerbaïdjan d’instaurer la paix avec son voisin. En effet, en Arménie la situation actuelle n’est pas toujours appréciée de la part des milieux les plus nationalistes qui provoquent des incidents afin d’essayer de remettre en cause les accords passés entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Russie. La position de blocage des autorités arméniennes et les provocations qu’elles engendrent de sa part sur le terrain, la poursuite de la pose des mines terrestres, le refus de l’ouverture de voies de communication et routes de transport dans la région, le refus de retrait de ses forces armées du territoire d’Azerbaïdjan au mépris des déclarations et accords trilatéraux, sont inacceptables.

Ces milieux nationalistes extrémistes trouvent, malheureusement, quelques relais dans la diaspora arménienne présente activement en France. Ce sont assurément ces militants nationalistes qui ont trouvé le moyen de convaincre quelques sénateurs de lancer cette initiative tout à fait inappropriée, tant du point de vue du droit international, que dans la recherche d’une paix définitive et, bien entendu, aussi dans la perspective des bonnes relations que la France doit entretenir avec toutes les nations.

Le rêve de la « revanche » existe malheureusement bel et bien du côté de certains représentants de l’influente communauté française d’origine arménienne qui est présente sur notre territoire national. Cependant cela va à l’encontre des pourparlers qui ont lieu actuellement entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. La France et l’UE ont, semble-t-il, perdu leur légitimité à se positionner comme des acteurs de la négociation - en raison certainement des manœuvres engendrées par les extrémistes de la diaspora arménienne.

Ces pourparlers avancent et, tout récemment, à Prague et à Sotchi les dirigeants arméniens et azerbaïdjanais ont reconnu la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'autre par des déclarations conjointes !

C’est dire que la « résolution » qui vous est présentée est loin de refléter la situation actuelle.

Son adoption, même si elle ne reflèterait pas la position diplomatique de la France, pourrait isoler un peu plus encore notre pays des réalités complexes de ces territoires, de leur histoire et de ces peuples avec lesquels nous avons vocation à entretenir les meilleures relations afin de nous permettre une présence et une certaine influence dans cette région du Monde aux confins de l’Europe et au carrefour de nombreuses civilisations.

Madame la Députée, Monsieur le Député, je vous invite à ne pas voter une résolution rétrograde qui ne reflète pas la réalité et la situation présente. La France doit œuvrer à la Paix, ses représentants parlementaires n’ont pas à créer des problèmes entre les communautés. Bien au contraire.

Je vous remercie de votre attention à cette situation et à mon message confiant en votre sagesse.

Restant à votre disposition pour mieux vous faire connaître les réalités actuelles de l’Azerbaïdjan, si vous le pensez utile pour vous même et, par la même, pour notre pays !

Veuillez agréer, Madame la Députée, Monsieur le Député, l’expression de mon profond respect. »


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