Suspension de la coopération sino-américaine sur le changement climatique après la visite de Pelosi à Taïwan

  06 Août 2022    Lu: 690
Suspension de la coopération sino-américaine sur le changement climatique après la visite de Pelosi à Taïwan

La Chine a suspendu vendredi 5 août toute coopération avec les États-Unis sur le réchauffement climatique et d'autres domaines, faisant plonger les relations entre les deux pays à leur niveau le plus bas depuis des années en représailles à la visite à Taïwan de la présidente de la Chambre des représentants américains, Nancy Pelosi. La suspension est jugée «irresponsable» par la Maison Blanche.

«La Chine ne punit pas seulement les États-Unis, elle punit le monde entier», a ajouté le porte-parole de l'exécutif pour les affaires de sécurité nationale, John Kirby.

Mobilisant avions et navires de guerre, les plus grands exercices militaires jamais organisés par la Chine près de Taïwan, également en réaction au voyage de Nancy Pelosi cette semaine, se sont poursuivis vendredi pour la deuxième journée d'affilée, Taïpei fustigeant son «voisin malveillant» dont les manœuvres l'ont littéralement encerclé pour trois jours.

Pékin va «suspendre les négociations sino-américaines sur le changement climatique» et annuler un entretien entre les dirigeants militaires ainsi que deux réunions sur la sécurité, a déclaré le ministère chinois des Affaires étrangères, reprochant à Nancy Pelosi d'avoir traité avec «mépris» l'opposition de la Chine à sa visite à Taïpei. La Chine et les États-Unis, les deux plus importants émetteurs de gaz à effet de serre du monde, avaient noué un accord surprise sur le climat lors du sommet de la COP26 à Glasgow l'an dernier. Ils s'étaient engagés à travailler ensemble pour accélérer les actions pour le climat lors de la prochaine décennie et à se réunir régulièrement pour «s'attaquer à la crise climatique». Le ministère des Affaires étrangères a également dit suspendre la coopération avec Washington sur le rapatriement des migrants illégaux, ainsi qu'en matière de justice, de criminalité transnationale et de lutte antidrogue.

«Je suis sûr que vous avez vu les annonces de la Chine aujourd'hui: ils vont interrompre les discussions avec les États-Unis sur une série de sujets importants, y compris le changement climatique», a déclaré John Kirby, porte-parole de l'exécutif américain pour les affaires de sécurité nationale. «Ils pensent qu'ils nous punissent en fermant ces canaux de communication», a-t-il noté. «En fait, ils punissent le monde entier parce que le changement climatique ne connaît pas de limites géographiques ni de frontières», a-t-il ajouté. «Nous pensons que c'est foncièrement irresponsable». «Le plus gros émetteur (de gaz à effet de serre) du monde refuse maintenant de discuter des mesures cruciales qu'il est nécessaire de prendre pour combattre la crise climatique, ce qui affecte nos partenaires, de la montée des eaux dans les îles du Pacifique aux incendies en Europe», a-t-il souligné. «Les Chinois peuvent beaucoup faire pour réduire les tensions en cessant leurs exercices militaires provocateurs (autour de Taïwan, NDLR) et en calmant le ton», a poursuivi John Kirby.

Il a également assuré que les États-Unis continueraient à maintenir des contacts militaires «au plus haut niveau» avec la Chine, malgré le fait que Pékin ait suspendu plusieurs accords de coopération notamment dans ce domaine. «Ces canaux de communication qu'ils ont fermés n'éliminent pas complètement la possibilité que nos plus hauts responsables militaires se parlent si besoin est», a-t-il ajouté.

Des opérations militaires «irresponsables»
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a affiché sa consternation. «Pour le secrétaire général, il est impossible de résoudre les problèmes les plus pressants dans le monde sans un dialogue et une coopération efficaces entre les deux pays», a déclaré son porte-parole. La Maison Blanche avait auparavant convoqué l'ambassadeur de Chine à Washington. «Nous avons condamné les opérations militaires de la Chine, qui sont irresponsables, contraires à notre objectif de longue date de maintien de la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan», a indiqué vendredi un porte-parole de l'exécutif, John Kirby. Le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi a répliqué en reprochant aux États-Unis d'avoir «pour habitude de créer un problème et d'utiliser ensuite ce problème pour parvenir à leurs fins». «Cette approche ne fonctionnera pas avec la Chine», a-t-il prévenu. Les exercices militaires doivent se poursuivre jusqu'à dimanche midi.

Selon Taïpei, à 17h00 vendredi (09H00 GMT), un total de 68 avions et 13 navires de guerre chinois avaient franchi depuis le début de la journée la «ligne médiane» du détroit de Taïwan, qui sépare l'île du continent. La veille, Pékin avait déjà tiré une dizaine de missiles balistiques et déployé son aviation et sa marine dans les six zones maritimes choisies pour les manœuvres tout autour de Taïwan, s'approchant jusqu'à 20 km des côtes et perturbant des routes commerciales parmi les plus fréquentées du monde. La chaîne publique CCTV a affirmé que des missiles chinois avaient même survolé Taïwan pour la première fois. Taïpei n'a pas confirmé. «Nous ne nous attendions pas à ce que notre voisin malveillant fasse étalage de sa puissance à notre porte, et mette arbitrairement en péril les voies navigables les plus fréquentées du monde par ses exercices militaires», a déclaré à la presse le premier ministre taïwanais, Su Tseng-chang.

«Notre pays est puissant»
À Pingtan, une île chinoise située non loin des manœuvres en cours, des journalistes de l'AFP ont aperçu vendredi à la mi-journée un avion de chasse dans le ciel. Portant des parapluies pour se protéger d'un soleil de plomb, des touristes tentaient de prendre en photo l'appareil tandis qu'au loin, dans le détroit de Taïwan, on apercevait un navire militaire chinois. «On espère qu'on pourra se réunifier avec Taïwan bientôt. On n'a peur de personne, notre pays est puissant», a confié à l'AFP l'un d'eux, M. Liu, 40 ans, venu de la province du Zhejiang (est). «Il faut que la Chine montre sa force maintenant», estimait un autre touriste, M. Zhou, 40 ans. Même si «nous aimons la paix».

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a fustigé vendredi les manœuvres chinoises, «des provocations» qui représentent «une escalade importante» des tensions aux yeux des États-Unis. Le Japon a exprimé une protestation diplomatique formelle contre Pékin, estimant que cinq des missiles chinois étaient tombés à l'intérieur de sa zone économique exclusive (ZEE). À Tokyo, dernière étape de sa tournée asiatique mouvementée, Nancy Pelosi a affirmé que les États-Unis «ne permettr(aie)nt pas» à la Chine d'isoler Taïwan, assurant que son déplacement «ne visait pas à changer le statu quo ici en Asie, à changer le statu quo à Taïwan».

Les manœuvres chinoises empiètent sur certaines des routes maritimes les plus fréquentées de la planète, par lesquelles des équipements électroniques essentiels provenant des usines d'Asie de l'Est sont acheminés vers les marchés mondiaux. Les analystes s'accordent à dire que, malgré ces exercices militaires, Pékin ne souhaite pas pour l'instant une confrontation armée. «La dernière chose que Xi souhaite est le déclenchement d'une guerre accidentelle», commente auprès de l'AFP Titus Chen, professeur associé de sciences politiques à l'Université nationale Sun Yat-sen de Taïwan.

AFP


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