Le président tunisien prend le pouvoir exécutif et gèle le Parlement

  26 Juillet 2021    Lu: 313
Le président tunisien prend le pouvoir exécutif et gèle le Parlement

Le chef de l'Etat assumera le pouvoir exécutif, avec l'aide d'un gouvernement dirigé par un chef du gouvernement et nommé par le président de la République

Le président tunisien, Kais Saied, a annoncé, au soir de ce dimanche, le gel des pouvoirs du Parlement, et le limogeage du chef du gouvernement, Hicham Mechichi, de ses fonctions et qu'il assumait lui-même le pouvoir exécutif avec un gouvernement dont il désignerait le chef.

Les gouvernorats tunisiens ont été les théâtres de manifestations populaires, ce dimanche, appelant au renversement du système en place et accusant l'opposition d’avoir échoué, face aux crises politique, économique et sanitaire.

Lors d'une réunion d'urgence avec les commandants militaires et sécuritaires, Saïed a déclaré : "La volonté divine, celle du destin et celle de l'histoire ont voulu, en ce jour où nous célébrons l'anniversaire de la proclamation de la République, que nous prenions les mesures exceptionnelles requises par la situation en Tunisie", selon une vidéo diffusée par la page officielle de la présidence de la République sur Facebook.

Et d’ajouter : "Vous avez sans doute remarqué que les services publics s'effondrent, il y a des pillages et des opérations de guerre, et il y a ceux qui se préparent à payer de l'argent dans certains quartiers pour les guerres intestines".

Kaïs Saïed a affirmé que, conformément à la Constitution, et pour sauver l'Etat tunisien, et "en concertation avec le chef du gouvernement et le président du Parlement (Rached Ghannouchi, chef du Mouvement Ennahdha)", il a décidé "de geler tous les pouvoirs de la Chambre des représentants. La Constitution ne permet pas sa dissolution, mais elle ne s'oppose pas au gel de l'ensemble de ses travaux".

Il a également déclaré : "Je lèverai l'immunité des membres du Parlement, dans le cadre des décisions que j'ai prises, j'assumerai la présidence du Parquet pour qu'il évolue dans le cadre de la loi sans passer sous silence les crimes commis contre la Tunisie".

Pour sa troisième décision, "le chef de l'Etat assumera le pouvoir exécutif, avec l'aide d'un gouvernement dirigé par un chef du gouvernement et nommé par le président de la République", selon Saïed.

Et de préciser : « Le chef du gouvernement assure la gestion du gouvernement et est responsable devant le président de la République. Quant au président de la République, il nommera les membres du gouvernement sur proposition du chef du gouvernement, et le Conseil des ministres sera dirigé par le président de la République".

Depuis le mois de janvier dernier, la Tunisie connaît une crise politique, opposant Kaïs Saïed à Hichem Mechichi, en raison d'un remaniement ministériel effectué par ce dernier, mais rejeté par le président de la République.

Saïed a souligné qu'il ne s'agit "pas d'une suspension de la Constitution, ni d'une dérogation à la légitimité constitutionnelle. Nous travaillons dans le cadre de la loi, mais si la loi se transforme en un outil de règlement de comptes et un outil pour les voleurs qui ont pillé fonds et l'argent du peuple appauvri, ce ne sont pas des lois qui expriment la volonté du peuple, mais plutôt des outils pour voler la volonté du peuple".

Saïed a aussi averti : "Nous mettons en garde les nombreuses personnes qui tenteraient de se rebeller ou de recourir aux armes, nous ne garderons jamais le silence face à ceux qui insulteraient l'État ou ses symboles, et celui qui tirerait une seule balle, nos forces armées et sécuritaires riposteraient avec un barrage de balles".

Et d’ajouter : "Il y a d'autres mesures que nous prendrons par la suite, et nous avertissons ceux qui se prépareraient ce soir et distribueraient des fonds pour inciter aux incendies et aux pillages que la loi s'appliquera à leur encontre".

Il a estimé que "le peuple tunisien poursuit aujourd'hui sa révolution dans le cadre de la légitimité, et nous travaillerons pour appliquer la loi sur tous. Personne n'est avantagé avec son statut ou sa richesse".

La Tunisie est considérée comme le seul pays arabe qui a réussi à effectuer une transition démocratique parmi d'autres pays arabes qui ont également connu des révolutions populaires ayant renversé les régimes au pouvoir, notamment en Égypte, en Libye et au Yémen.

Outre sa crise politique, la Tunisie subit une grave crise économique, approfondie par les répercussions de la pandémie de coronavirus, qui frappe durement le pays, et menace d'un effondrement imminent du système de santé, ce qui a nécessité la réception d’aides médicales d'urgence de la part de nombreux pays, au cours des derniers jours.

AA


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