L’ambassadeur d’Azerbaïdjan en France: «le Haut Karabakh est notre Alsace Lorraine »

  21 Novembre 2020    Lu: 361
 L’ambassadeur d’Azerbaïdjan en France:  «le Haut Karabakh est notre Alsace Lorraine »

L’ambassadeur d’Azerbaïdjan en France, Rahman Mustafayev, a accordé une interview au site Mondafrique.

AzVision présente le texte de cet article ci-dessous :

«L’ambassadeur d’Azerbaïdjan en France, Rahman Mustafayev, regrette la partialité des médias français dans le traitement du conflit du Haut Kahabakh qui oppose son pays à l’Arménie et revendique l’application du droit international.

Avec le brio qui est le sien, Sylvain Tesson, de retour d’Arménie pour « le Figaro Magazine », a livré mercredi 18 novembre sur France Inter une analyse calamiteuse du conflit du Haut Karabakh.

Sylvain Tesson a ainsi exigé le soutien de la France, « la fille ainée de l’Eglise » (!), aux communautés orthodoxes arméniennes ! « Nous devons nous souvenir que notre pays possède des racines chrétiennes ». Les combattants arméniens sont donc salués par l’ami Tesson comme l’indispensable rempart face à des Azebaidjanais musulmans, soutenus par de dangereux « Mameluks » venus de Turquie. Autant dire le diable dans un monde où ce stratège en herbe croit savoir qu’ « Islam et Islamisme » se confondent.

Dans ce conflit ancestral, « les bons » ne s’opposent pas aux « méchants ».
Et voici ce propagandiste qui fait appel au génocide arménien vieux d’un siècle (1) pour vendre sa sauce et qui enterre le droit international « bolchevik », coupable du rattachement du Haut Karabakh à l’Azerbaïdjan en 1923. En réalité, l’unité du haut et du bas Karabakh avait été décidé bien avant l’avènement de Staline.

La croisade d’un Sylvain Tesson qui se prend pour BHL reflète le traitement médiatique manichéen qui a accueilli le conflit du Haut Karabakh. La rivalité ancestrale qui existe dans ce lointain Caucase n’oppose pas « les bons » aux « méchants ». . « Une guerre a eu lieu pendant six semaines dans le Karabakh et les régions qui l’entourent, il y a eu des milliers de morts hélas, regrette l’ambassadeur d’Azerbaïdjan en France, Rahman Mustafayev, mais l’opinion publique française reste toujours désinformée sur les causes historiques de ce conflit ». Et le même d’ajouter: « je voudrais en tout cas dénoncer la fable d’une guerre entre Azerbaïdjanais musulmans et Arméniens chrétiens ». 

L’implacable réalité, la voici: deux peuples malmenés par l’Histoire revendiquent un même territoire de quelque 80000 habitants, le Haut Karabakh. En six semaines, une guerre meurtrière s’est soldée par des milliers de morts, que pleurent les deux camps et pas seulement dans les monastères orthodoxes saccagés qui font souvent, par facilité, la une des journaux français.

Le 9 novembre, un cessez-le-feu entre les deux anciennes possessions soviétiques, consacre les conquêtes militaires acquises en six semaines par des Azerbaïdjanais plus nombreux et mieux armés. Cet accord, conclu sous l’égide de Moscou, consacre un seul véritable vainqueur: la Russie. Vladimir Poutine obtient le contrôle militaire du coeur de la région du Haut Karabakh et joue au juge de paix. Six ans après avoir envahi l’Ukraine, le maitre de la Russie confirme sa présence dans ses anciennes dépendances.

Dans les négociations actuelles, le président russe tient habilement en lisière, sans l’écarter, le président Erdogan. Lequel a en partie armé les combattants azerbaïdjanais et aurait encouragé quelques poignées de combattants, immédiatement baptisés de djihadistes, à venir renforcer les troupes de son allié caucasien. Combien étaient-ils? D’où venaient-ils? Et avec quelles motivations? On ne le saura sans doute jamais. Les Arméniens ont reçu également des renforts de leur diaspora sans que personne ne s’en émeuve.

Sur le plan diplomatique, le conflit est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Ainsi la presse française passe largement sous silence l’aide apportée par Israel à l’AzerbaÎdjan dont les ressources énergétiques suscitent quelques appétits. « Des relations excellentes existent entre nos deux pays », rappelle l’ambassadeur d’Azerbaïdjan à Paris. Des conseillers militaires ont été dépêchés par Tel Aviv, Bakou a reçu des drones israéliens. Mais cette alliance de l’Azerbaidjan avec l’Etat hébreu ne cadre pas avec la croisade contre les « islamistes »que nous vendent Sylvain Tesson et d’autres envoyés spéciaux, la plupart du coté arménien..

La presse française n’évoque pas d’avantage le soutien discret de l’Iran des Mollahs à l’Arménie qui entacherait l’image de ce pays vertueux. Les musulmans d’Azerbaïdjan sont majoritairement chiites, comme la population iranienne. Du coup, Téhéran voit d’un mauvais oeil l’affirmation à ses frontières d’un pouvoir démocratique et indépendant qui pourrait représenter un modèle pour une partie de son peuple. D’ou sa préférence pour l’Arménie.

Avec émotion enfin, l’ambassadeur d’Azerbaïdjan rappelle que son peuple a vécu dans la nostalgie douloureuse d’un territoire perdu. Après l’écroulement de l’URSS, le Parti communiste d’Azerbaidjan perdait les appuis solides dont il disposait à Moscou; l’Arménie profitait de cette fenêtre de tir pour s’approprier un Haut Karabakh supposé indépendant. Des milliers de réfugiés ont du quitter la région où ils vivaient en bonne intelligence avec les Arméniens majoritaires et une petite communauté juive. Et ce n’est pas tout. Plus tard, dans les sept districts environnants, investis également par les soldats arméniens, 600000 Azerbaïdjanais étaient brutalement chassés durant l’année1993 (2).

L’ONU dénonça le coup de force à plusieurs reprises, mais sans aucun effet comme souvent.  » Il faut revenir au droit international », insiste notre diplomate, Rahman Mustafayev. Et de poursuivre:  » Il faut comprendre que ces territoires représentent pour nous ce que fut pour vous l’Alsace Lorraine ».

Dans cette crise dramatique, la France s’est faite remarquer par un silence étourdissant. L’organisation de la francophonie également !

Alors que les Français, ces dernières années, faisaient partie avec les Américains et les Russes d’un groupe de contact de l’ONU (« le groupe de Minsk ») chargé de résoudre la crise dans le Caucase du Sud, Paris comme Washington se sont montrés surtout pressés de ne rien faire, malgré les résolutions votées. « Nous sous sommes adressés régulièrement aux autorités françaises avec des propositions et des initiatives, regrette Rahman Mustafayev, mais sans aucun résultat ».

Le ministre français des Affaires Etrangères, Jean Yves Le Drian, a brillé par son absence, si ce n’est pour s’inquiéter du rôle de son meilleur ennemi, le président turc Erdogan. «Ce cessez-le-feu là était indispensable pour sauver des milliers de vie (…). Mais il y a des ambiguïtés», a-t-il lancé à l’Assemblée nationale, en référence à l’accord conclu entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie sous l’égide de la Russie. «Il faut lever les ambiguïtés sur les réfugiés, sur la délimitation du cessez-le-feu, sur la présence de la Turquie». Pas un mot, naturellement, pour regretter la présence renforcée de l’armée russe au coeur du Caucase du Sud. La voix de la France est juste inaudible.

Notons pour le reste les quelques bonnes paroles prodiguées à l’Elysée par le président français, Emmanuel Macron, au fils arménien du regretté Charles Aznavour.

Ce qui reste peu face à l’activisme de Poutine et d’Erdogan!»

Par Nicolas Beau


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